Les téléfilms de Noël : mais qu’est-ce qu’on leur trouve ?

Rien de plus bêta qu’un conte de fées qui roule au vin chaud et aux bons sentiments. Et pourtant... Décryptage d’un phénomène.

© TF1

Chaque année, les après-midi télé s’illuminent bien avant la Saint-Nicolas à grands coups de “Ho ho ho” et de love stories parfumées à la cannelle. Et les téléspectateurs en redemandent. Il y a deux ans, en France, la ronde des téléfilms de Noël démarrait fin novembre. Cette fois, TF1 et M6 ont donné le coup d’envoi le 5 et RTL-TVI a suivi le 14 ! Ces fictions dorées sur tranche gonflent les audiences habituelles du segment.

Mais pourquoi se rue-t-on sur ces navets tournés à la va-vite, dont le scénario tient sur une feuille de houx et dont les têtes d’affiche sont au mieux d’anciennes stars de séries ? Pour les télés, c’est facile. Non seulement les téléfilms de Noël sont rentables (ils ne coûtent pas plus cher que les autres fictions étrangères de base et rapportent davantage), mais ils marquent le lancement de la saison des fêtes, y compris en termes de pubs – une période particulièrement chatoyante financièrement. Et non seulement ils offrent aux annonceurs des tranches horaires attrayantes, mais en plus ils mettent le public en condition pour craquer devant les chocolats raffinés ou le Christmas Special de Johnny.

Le téléspectateur a d’autres priorités. Et, même manipulé, n’est pas débile pour autant. Il sait très bien que les bluettes qu’il consomme sans modération sont des fictions basiques, produites à la chaîne par les studios Hallmark Channel, Crown Media, voire Harlequin. Les femmes – même si les hommes sont plus consommateurs qu’on le pense -, assument le fait de regarder des âneries tant que ces âneries leur apportent le plaisir qu’elles recherchent.

Si Le renne des neiges ou Noël à Manhattan correspondent à ces attentes, c’est évidemment parce qu’ils plongent les fans dès novembre dans une ambiance de fête, mais surtout qu’ils ont le goût régressif et rassurant des chamallows et ramènent à des souvenirs – ou des fantasmes d’enfance. Ces fictions ont en commun un canevas basé sur la nostalgie et des codes avec lesquels on ne transige pas. Elles enferment le téléspectateur dans une bulle hors du temps, hors du monde, qui parle aux cinq sens avec ses guirlandes lumineuses, ses chants de Noël, ses boules de neige, ses biscuits et ses chocolats chauds. Comme dans les histoires pour enfants, les situations les plus difficiles n’inquiètent pas puisqu’elles trouveront forcément un happy end. Et on se surprend à fondre devant la balade en amoureux dans la charrette de Noël tirée par un tracteur alors que dans la vraie vie, on s’ennuierait comme un rat mort dans ce trou perdu de Maple Falls et qu’on ne supporterait pas 10 minutes la mièvrerie intrusive du vieux vendeur de marrons (qui est en fait le vrai père Noël).

Un téléfilm de Noël qui se respecte doit être américain. Difficile de faire rêver avec une histoire située à Paris, Nice ou Heiderfeld. La plupart d’ailleurs ne marchent pas. Pas assez magiques. L’année passée, Coup de foudre à Noël, avec Tomer Sisley et Julie de Bona, a su séduire parce qu’il se déroulait en Laponie, dans la neige jusqu’aux genoux. Il faut des flocons, des vitrines illuminées, des forêts enchantées et du soleil. L’Allemagne, l’Autriche font leur petit possible, mais leurs productions sentent plus la déprime saisonnière que le miracle sur le point d’éclore.

Amour, candeur et sucre candi

L’histoire peut se dérouler en ville (patinoire, pères Noël, cafés chauds, sapins fabuleux) ou dans un petit village de l’Amérique profonde avec un “festival” annuel, un kiosque, un resto où tout le monde se connaît… mais sans le moindre redneck électeur de Donald Trump. Aucun élément perturbateur ne peut interférer avec la magie. Ni gilets jaunes ni sexe, ni violence ni problèmes environnementaux – les guirlandes fonctionnent aux leds et les emballages cadeaux sont biodégradables. En revanche, un personnage peut avoir des problèmes d’argent ou perdre son boulot (il en retrouvera un, beaucoup mieux, dans une heure), on tolère les grèves de lutins (jamais très longues) et la mort d’un mari ou d’une grand-mère. Le premier sera remplacé et la deuxième veillera “de là-haut” sur le bonheur de nos héros.

Parmi les ingrédients obligatoires, le futur couple de beaux amoureux hétérosexuels – le format est plus intolérant au changement qu’au gluten -, la neige, les enfants “avec des étoiles plein les yeux”, le vrai sapin décoré comme un faux, la famille, la sincérité vraie, le cadeau venu du cœur, la dinde, la musique, le retour aux sources et/ou la rédemption, la solution miracle à tous les problèmes et, évidemment, la magie de Noël.

La vraisemblance ? Aucun intérêt. Elle ne préoccupe que les âmes chagrines qui vivent dans le vrai monde où on s’ennuie. Les candides lui préfèrent le sacro-saint esprit de Noël. Cela ne les empêche heureusement pas de revenir sur terre dès la fin du générique. En général…

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