« Three Billboards » : cette Amérique de Trump qui nous échappe

Frances McDormand crève l’écran et trois panneaux publicitaires dans une fresque entre vengeance et pardon.

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Il y a dix ans, Martin McDonagh nous avait fait visiter la Venise du Nord à sa manière, avec un In Bruges en forme de drôle de carte postale. Cette fois, direction l’Amérique profonde, où une mère de famille cherche à résoudre l’enquête sur la mort de sa fille à la place de la police locale, qu’elle juge incompétente. Le réalisateur s’est inspiré de ses propres souvenirs de voyage pour rédiger le scénario de 3 billboards : “Il y a vingt ans, je faisais un voyage à travers les États-Unis quand, à l’entrée d’une ville, j’ai vu deux panneaux publicitaires géants sur lesquels un habitant réglait ses comptes avec la police locale. Cette image ne m’a jamais quitté.”

Transposée à l’écran, cette quête de justice débouche sur un formidable portrait de femme en colère, incarnée par Frances McDormand. Logiquement récompensée cette année d’un deuxième oscar de la Meilleure actrice (après celui obtenu pour Fargo, en 1997), la comédienne est impressionnante de véracité. “Frances ne surjoue jamais, expliquait Martin McDonagh. Elle laisse la place aux spectateurs, qui peuvent se glisser dans les interstices des dialogues”. À ses côtés, Woody Harrelson et Sam Rockwell complètent un brillant casting qui donne tout son relief aux personnages et à leurs failles.

Mais le film, qui mêle habilement drame et humour noir grâce à des dialogues et des situations remarquablement construits, se veut aussi une plongée prenante au cœur de l’Amérique profonde, “celle où rien n’a vraiment changé depuis vingt ans et où rien n’évoluera dans les vingt ans à venir”, comme l’analysait cyniquement le réalisateur. Cette Amérique de Trump qui nous échappe autant qu’elle nous consterne et que 3 Billboards décortique, le temps d’un long-métrage audacieux, drôlement tragique et tragiquement drôle.

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