Doc Shot : Le souffle volé

Daniel Lambo a vu l’amiante détruire plusieurs de ses proches. Il en a fait le combat de sa vie.

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Septante-neuf minutes en apnée. C’est ainsi que l’on peut décrire le film choc de Daniel Lambo. Il grandit à Kapelle-op-den-bos, à un jet de pierre d’une usine de la société de construction Eternit dans laquelle son père travaille. Lorsque ce dernier décède, plus ou moins en même temps que plusieurs de ses collègues, Daniel Lambo veut comprendre. Il ne doit pas réfléchir longtemps pour lier la mort de ces ouvriers à leur quotidien passé à respirer les nuées d’amiante qui se dégagent des profits d’Eternit. L’amiante, ce produit miracle dont le mélange avec le ciment se révèle une aubaine pour le secteur de la construction. Jusqu’à ce qu’on lui découvre des propriétés cancérogènes. Toutes ces morts ont poussé Daniel Lambo sur le chemin de l’activisme contre l’industrie de l’amiante. Un chemin qui le mènera jusqu’en Inde, où Eternit a longtemps eu une filiale. Là-bas, il croisera avec effroi d’autres destins brisés par la substance que l’entrepreneur belge a continué à utiliser comme si de rien n’était, alors qu’elle était interdite en Europe.

On vous prévient, Le souffle volé ne vous redonnera pas le goût du capitalisme. Deux réalités se fracassent en un film. Daniel Lambo y fait le procès de l’amiante, qui a gangrené une partie de la population belge à la fin du 20e siècle et qui est encore bien présent dans nombre de nos toitures, mais également celui de la mondialisation. S’il est certain qu’il prêchera beaucoup de convaincus – on sait depuis longtemps que l’amiante est une substance cancérogène et que la mondialisation détruit plus qu’elle ne rapporte – on espère qu’il permettra à d’autres d’ouvrir les yeux sur le sang qui coule des mains des pays riches. Mais la morale est implicite. Car s’il en a fait l’œuvre de sa vie, Daniel Lambo nous dépeint avec humilité un combat plus grand que lui. Et nous rappelle que ce combat contre l’amiante n’est pas encore fini. Et qu’il en reste encore tellement d’autres.

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