Boutiques obscures, vitrines magiques

Boutiques obscures visite les petits commerces de France”. Ça sonne très JT de 13 heures… Sauf que derrière la caméra, il y a Patrice Leconte.

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Et Patrice Leconte change tout. Ces quatre documentaires doivent tout au regard du réalisateur du Mari de la coiffeuse, de Monsieur Hire, de la Fille sous le pont et du Magasin des suicides (on oublie Les bronzés). On y retrouve cette empathie pour les gens, ce sens du détail, cet amour du suranné et parfois, non, souvent, ce charme de la marge et du bizarre. Ces boutiques obscures, ce sont ces enseignes d’antan, d’avant Internet. Ce sont ces lieux de toujours, installés dans leur quartier, familiers et rassurants, mais fragiles, à l’ère du clic et des hideuses méga-hyper-grandes-surfaces en périphérie des villes. Le cinéaste en a sélectionné seize, un peu partout dans l’Hexagone, avec une préférence pour les bleds paumés.

Leur point commun? Il y a de “vraies gens” derrière les comptoirs. Des personnages, des passionnés, résistants, obstinés, un peu dingues, un peu tristes, un peu nostalgiques, un peu rêveurs, un peu plein d’espoir aussi. Il en faut, pour affronter les difficultés qu’ils racontent. D’ailleurs on ne découvre pas “une librairie” mais un libraire. Une mercière. Une chapelière. Une restauratrice. Un coiffeur. Un… tenancier de bazar bizarre sorti d’un roman de Stephen King.

Parti d’un sujet de société, tendance s’il en est à l’heure de la déconsommation et du local, l’artiste nous livre un inventaire à la Prévert. Le contenu contemporain y est, mais le style aussi. Et le fond. Dans cette “collection de spécimens” on puise une réflexion sur l’existence, sur le doute, sur le décalage entre des individus et la réalité déshumanisée qui nous entoure. La référence à Modiano plaçait la barre très haut. Elle apparaît comme une évidence. Il y a quelque chose dans ces morceaux de vie qui rappelle l’univers mélancolique du Prix Nobel de Littérature. Et qui nous donne envie de partir à l’aventure, en franchissant le seuil du cordonnier du coin de la rue.

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