Attention les yeux

Mort du sida en 1989, le photographe Robert Mapplethorpe est au centre d’un documentaire exceptionnel qui explore son œuvre hautement homoérotique.

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Mieux vaut prévenir d’emblée… Le documentaire sur la vie et l’œuvre de Robert Mapplethorpe n’est pas à mettre sous tous les yeux – et certainement devant ceux des enfants! Le documentaire, hyperléché, de Fenton Bailey et Randy Barbato démarre d’ailleurs aux États-Unis sur les vives protestations d’un sénateur conservateur qui étrille l’art de Mapplethorpe en clamant qu’il fait la promotion de l’homosexualité à travers des images pornographiques sur lesquels, souligne-t-il, l’assemblée de ne devrait pas trop s’attarder.  Le film commence et se termine sur l’intervention de la justice et les plaintes déposées lors d’une rétrospective dont le directeur sera jugé pour obscénité publique.

C’est que les photos de Mapplethorpe mettent en scène une sexualité underground que personne avant lui n’avait osé montrer de manière aussi frontale et aussi…  belle! Toujours très controversée, son œuvre est pourtant reconnue comme l’une des plus influentes dans le domaine de la photo  dont il a fait reculer les frontières avec un art très performant de la provocation. A l’image de Courbet qui est entré dans l‘histoire  de l’art par le scandale – avec L’origine du monde dont le point de mire est un sexe de femme – Mapplethorpe redéfinit le classicisme par l’outrance avec Man In Polyester dont le motif principal est un sexe d’homme qui pend au-dessus de la braguette d’un pantalon de costume.

Le film donne la parole à la sœur de Mapplethorpe, parfois embarrassée par le caractère pornographique du travail du photographe, à son père aussi qui qualifie ses photos d’”inacceptables”. Son frère Edward, assistant de Mapplethorpe et, lui aussi, photographe rappelle combien Robert détestait être en compétition au point de se brouiller avec lui. Les images les plus bouleversantes sont celles, très rares, où on le voit, jeune et beau , avec Patti Smith, sa compagne des jours de bohème dans le New York du début des années 70 et celles, à pleurer, où il pose  tel un cadavre vivant – creusé, amaigri et enlaidi par la maladie.

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