Jean Ferrat, un poète au sommet

France 3 fait revivre Jean Ferrat, qui dessina la colère et l'amour de sa voix grave.

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En 1963, en France, l’heure est à la réconciliation avec l’Allemagne. Aussi, lorsque Jean Ferrat chante Nuit et brouillard – qui raconte la déportation des Juifs tout en rendant hommage à son propre père qui n’est jamais revenu d’Auschwitz -, l’Élysée et l’ORTF s’accordent pour faire taire le titre sur les ondes. Une censure qui n’empêchera pas la chanson d’être entendue, offrant à l’artiste son premier succès. L’année suivante, il atteindra (déjà) des sommets avec La montagne, une chanson bien plus engagée qu’elle n’y paraît, évoquant aussi bien l’exode rural que la lutte des classes. Avec sa voix haut perchée, son sens de la mélodie, son amour éperdu pour Aragon et sa manière de transformer ses textes en véritables tableaux humains, Jean Ferrat se positionne comme un poète qui refuse de faire dans la demi-mesure.

Les polémiques le poursuivront, notamment quand il s’attaquera à Jean d’Ormesson dans Un air de liberté, dénoncera les purges staliniennes dans Le bilan ou écrira l’un des premiers textes féministes de la chanson française avec La femme est l’avenir de l’homme. La censure repassera par-là à l’heure de Ma France ou de Potemkine. Et chaque fois que l’homme rappellera ses idéaux communistes à qui veut bien en débattre avec lui, jailliront des discussions qui n’altéreront jamais ses points de vue. En brossant le portrait de l’artiste décédé en 2010, France 3 rappelle l’ampleur d’une œuvre aussi riche que cohérente. Et fait revivre un chanteur qui avait ce don précieux de pouvoir tremper sa plume aussi bien dans la douleur que dans la douceur – Aimer à perdre la raison, Que serais-je sans toi?… Sur la liste de ceux qui méritent l’intemporalité, Ferrat est souvent moins cité que Ferré, Brel, Brassens ou Renaud. À bien le ré-écouter, on se demande un peu pourquoi…

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