Riad Sattouf : un Arabe, une famille, un triomphe

Le quatrième tome de L’Arabe du futur est un carton. Coup de bol, c’est aussi un excellent roman familial dont l’auteur est l’un des génies de la BD d’aujourd’hui.

Riad Sattouf, l'Arabe du futur © Allary Éditions

Allary, la très sympathique et très inspirée maison d’édition qui a eu la bonne idée de miser sur Riad Sattouf, peut se frotter les mains. L’Arabe du futur, saga familiale retraçant son enfance ballottée entre Syrie, Libye, Liban et Bretagne, en est à son quatrième tome, tiré à 250.000 exemplaires et déjà en cours de réimpression. L’ensemble de la série se porte aussi très bien, merci pour elle : traduite en 22 langues, elle affiche 1,5 million de ventes au compteur. Parler de success-story relèverait du gentil euphémisme. Pour rappel, Riad Sattouf, qui a fait un joli film – Les beaux gosses – et un autre, un peu moins vu – Jacky au royaume des filles -, se paie un autre joli succès avec Les cahiers d’Esther, récemment transposé en série animée pour Canal+. Tout ceci l’ayant, hélas, éloigné de Pascal Brutal, héros mythique et musclé, idole d’une génération. 

À la fin, très ouverte, de ce quatrième tome de L’Arabe du futur, il y a un coup de théâtre, rassurez-nous, ça ne s’arrête pas là ?

RIAd SATTOUF – Non, non ! On prévoit au moins un autre volume, peut-être deux. Ça va dépendre de la taille des livres.

Comment ça ?

En fait, je contrôle assez peu de choses quand je fais mes BD. L’histoire arrive un peu comme un enfant: on ne sait jamais la tête ni la taille qu’il va avoir. Petit, long, gros ? Alors s’il arrive petit, ce sera peut-être des jumeaux (sourire).

Le succès de la série a-t-il changé quelque chose dans sa conception ?

C’est vrai que maintenant cette histoire a été lue par plusieurs de ses protagonistes.

Par votre famille, donc ?

Non, non, mais je ne dirai pas qui ! Mais c’est vrai que par la suite, je vais inclure leurs réactions, ou réécrire certaines scènes en prenant leur point de vue, ce genre de choses… Ça fait partie de l’aventure d’expliquer ce qu’est le projet. D’un autre côté, à partir du moment où j’ai changé tous les noms, ils deviennent des personnages de fiction. Donc, les personnes représentées se sentent protégées.

Ce quatrième tome démarre en 1987.  Entre respect de la réalité historique et besoins narratifs, vous choisissez quoi ?

J’ai toujours bien aimé les livres ancrés dans une période. Loin de moi l’idée de me comparer, mais dans Les mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand raconte les prémices de la Révolution française. Il habite en Bretagne et en tant que noble, il doit se rendre à Versailles pour y rencontrer le roi. Il décrit le trajet, l’arrivée, puis comment le roi sort de sa chambre, le croise, semble vouloir lui dire quelque chose, mais se ravise et passe son chemin. Et là, tout le monde se demande ce qu’a bien pu vouloir dire le monarque à l’écrivain… J’adore ça ! Il raconte sa jeunesse, mais aussi une époque, à travers des faits qui semblent anodins, mais qui prennent une autre dimension quand on sait quels personnages historiques sont impliqués. Je trouve ça vertigineux !

Chateaubriand, Sattouf, même combat ?

Non. Je ne me permettrais pas. Mais c’est vrai que raconter l’Amiga 500 à des jeunes d’aujourd’hui, qui pensent qu’Internet a toujours existé, ou leur rappeler que c’était difficile de communiquer, et que quand quelqu’un partait à l’autre bout du monde (ce que le papa de L’Arabe du futur fait régulièrement – NDLR), il se coupait vraiment de sa famille. C’est important de placer un contexte historique. En plus, trop peu de personnes parlent des Amiga 500, c’est dommage ! Je vous le confesse: encore aujourd’hui à 40 ans, j’écoute des musiques de jeux vidéo sur mon téléphone.

Ce projet de L’Arabe du futur prend beaucoup de place. Il en reste pour les autres ? Pascal Brutal, par exemple ?

J’ai énormément de mal avec Pascal Brutal (personnage baraqué du futur, mi-racaille, mi-génie – NDLR), pour la simple et bonne raison que je n’arrive plus à imaginer un futur pire que ce qu’est devenu le monde. Je vous assure que ce n’est pas une coquetterie de ma part. Quand j’ai commencé à écrire Pascal Brutal, en 2003, il n’y avait pas de smartphones, peu d’Internet, et Jacques Chirac était président. J’écrivais ses aventures de héros dans un futur proche, et je projetais ce que j’imaginais de pire. Si j’avais dû parler des États-Unis, je n’aurais jamais choisi Trump, car cette idée m’aurait semblé caricaturale et ridicule ! Elle aurait rappelé Retour vers le futur, avec Biff comme président. Aujourd’hui, je n’arrive pas à imaginer ce qui pourrait être plus catastrophique.

C’est terrifiant ce que vous dites !

Je sais. Et quand je vois la surenchère de sites parodiques du type Gorafi, je pense que Pascal Brutal n’a plus sa place dans ce monde… Il est entré dans la légende (rire).

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