Qui se souvient de Varian Fry?

Un documentaire est consacré à l’Américain qui sauva près de 2000 artistes, Juifs et militants antinazis. 

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Si j’ai le moindre regret à propos du travail que nous avons fait, c’est que c’était si peu. Nous aurions dû en sauver bien davantage mais nous avons fait ce que nous avons pu.” Cette phrase aurait pu être tirée de La liste de Schindler. Elle a été dite par Varian Fry, un autre Juste parmi les nations, ces hommes et femmes qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont sauvé des Juifs au péril de leur vie. Fry était un journaliste américain. Lui aussi avait une liste. Elle contenait deux cents noms. Deux cents artistes et intellectuels à évacuer vers les États-Unis. L’Américain devait passer trois mois à Marseille pour cette mission. Il y restera un an et sauvera 1800 personnes.

L’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 marque le début d’une période de persécution pour les créateurs et les penseurs non conformes à l’idéologie nazie. Les œuvres des artistes cubistes, dadaïstes, impressionnistes et surréalistes, entre autres, sont considérées comme le témoignage d’un art “dégénéré” et exposées au côté de créations de malades mentaux. Les intellectuels juifs, pacifistes et antinazis sont arrêtés et internés dans des camps. À New York, on s’inquiète. En 1940, une association américaine, l’Emergeny Rescue Commitee, tente d’obtenir des visas pour exfiltrer des personnalités menacées comme l’écrivain André Breton ou les peintres Marc Chagall et Max Ernst.

Un homme débrouillard devait se rendre à Marseille pour opérer sur place. Varian Fry se propose: “Je savais que parmi tous ces gens coincés en France, il y avait de nombreux écrivains, artistes et musiciens dont les œuvres m’ont procuré tant de plaisir. À présent, ils étaient en danger. Il était de mon devoir de leur venir en aide”. À Marseille, il s’entoure d’une équipe de confiance. Mais sa mission est vite découverte. Des centaines de personnes se pressent à sa porte pour lui demander de faire partie de la fameuse liste. Fry redouble d’inventivité pour sauver un maximum de personnes. Il refuse de quitter la France tant qu’on ne lui a pas trouvé de remplaçant. Il finira par partir après une année d’un travail acharné et dangereux.

La liste de Varian Fry raconte cette histoire admirable grâce à des images d’archives, provenant en partie des documents du journaliste lui-même. Le Juste est mort chez lui, en 1967, dans l’anonymat. Le documentaire pose la question d’emblée: “Qui se souvient de Varian Fry?

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