Pas mon genre

Une nouvelle fois, Infrarouge vient défier la binarité de nos sociétés occidentales par l’intime. 

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Le documentaire Ni d’Eve, ni d’Adam soulève le sujet, encore tabou, de l’intersexuation – un terme qui désigne les personnes nées avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent ni totalement à un sexe, ni totalement à l’autre. D’un côté, Déborah, 25 ans, est en recherche de témoignages pour son mémoire en études de genre. De l’autre, M., 27 ans, anonyme en quête identitaire. Si elles ont toutes deux été élevées dans le genre féminin, elles sont nées intersexuées, comme 1,7 % de la population. En France, l’intersexuation est encore considérée comme une pathologie qu’il faut réparer. Médecins et parents choisssent le sexe de l’enfant et donc les opérations qu’il devra subir. Jusque-là c’est le désarroi familial qu’on pansait surout, et le secret qu’on protégeait. La place de l’enfant intersexué se limitait à apprendre brièvement sa stérilité et à enchaîner chirurgies et prises d’hormones.

Mais aujourd’hui, des médecins militent pour donner le choix à la personne concernée. Et certaines d’entre elles demandent l’apparition d’une mention neutre à l’état civil. Hors la science et l’assignation à un genre, il y a l’intimité d’un individu. A travers ses protagonistes, le film interroge le féminin et le masculin. En miroir, Déborah et Edward se racontent. Que manque-t-il à l’autre? Le secret, la binarité et normativité sociale imposent un cheminement identitaire, qui peut être douloureux, car silencieux et solitaire. Ce sont des témoignages fort criants. Ni d’Eve, ni d’Adam montre combien la représentation – par la sculpture L’hermaphrodite endormi comme par le documentaire – sort des solitudes et de l’ignorance. 

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