Qualité ou quantité: Netflix fait-il du mal aux séries ?

Nouvelles productions, nouvelles saisons, Netflix achète, crée et propose des contenus à un rythme effréné. Tellement qu’on en vient à se demander si l’inflation des séries télés ne va pas conduire à une importante perte de qualité.

Logo Netflix ©Belga

Tous les mois c’est la même rengaine. Sur son compte Twitter, Netflix informe ses abonnés des nouveautés qui débarquent sur la plateforme. Souvent kilométrique, ce post est retweeté et liké des milliers de fois. Fin 2018, 700 séries, films et documentaires auront été proposés aux 130 millions de consommateurs.

Dans la foulée, de nombreux médias s’empressent de publier des articles pour tenir informé des nouvelles séries Netflix qu’il ne faut absolument pas rater. Une longue soirée d’hiver ? Une envie de rester au lit ? Aucun problème, Netflix vous offre suffisamment de contenus pour que vous passiez quelques mois, voire années, à ne faire que ça.

En un an et demi, Riverdale a sorti trois saisons. Las Chicas del cable, pareil. Autre exemple mondialement connu, La Casa de papel, le plus gros succès international du géant du streaming. Rien ne prédisait un succès si retentissant. À l’origine, la série qu’on ne présente plus aujourd’hui était un carton en Espagne. C’était avant que Netflix vienne y mettre son grain de sel et ne décide que le monde entier devait suivre les aventures de Rio, Denver et Tokyo. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le géant du streaming achète, diffuse et convainc dans la foulée le réalisateur d’écrire une suite à cette histoire qui semblait pourtant avoir trouvé sa fin. Alors, Netflix forcerait-il à faire beaucoup et moins bien ?

Avec ses 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires, Netflix est une véritable évolution “mais pas une révolution« , estime Mathieu de Wasseige, auteur de “Séries télé us : l’idéologie prime time”. Là où le 7e art a déjà inscrit ses lettres de noblesse, la télévision est toujours en train d’acquérir les siennes. Et le mastodonte du streaming y contribue sacrément avec son enveloppe de huit milliards de dollars destinée à ses productions originales. “On ne doit pas se dire que parce que c’est produit plus vite, c’est moins bon, ce n’est pas vrai. Si on ne met pas beaucoup de temps, il faut mettre beaucoup de gens et beaucoup d’argent”, rajoute ce fin connaisseur des séries télé. Et Netflix en a clairement les moyens.

Qualité et quantité font-ils bon ménage?

Plusieurs fois accusée de faire de la surproduction, la plateforme s’est déjà défendue. Cindy Holland, présidente du département contenu original Netflix, l’a déjà clamé “la quantité et la qualité ne sont pas incompatibles”. Le géant assure d’engager uniquement des “talents brillants et passionnés par les histoires qu’ils veulent raconter« . Et puis, en jetant un rapide coup d’œil à la liste des nominations pour les prochains Emmy Awards, on constate aisément que pas mal de séries estampillées Netflix sont pressenties pour être élue meilleure de l’année. Et, au passage, il dépasse la fameuse chaîne américaine HBO qui avait pourtant l’habitude de dominer les nominations.

Pour le spécialiste belge des séries télé, le rythme auquel produit Netflix n’a pas d’impact sur la qualité. Aucun problème à se voir proposer trois saisons d’une même série en un an puisque suffisamment de personnes travaillent d’arrachepied pour que les scénarios soient pensés rapidement. En proposant un accès illimité à un panel de séries et de films importants pour une dizaine d’euros par mois, Netflix propose un très bon rapport qualité/prix. Seulement “quand on achète un bordeaux à 7 euros, on ne peut pas espérer la même qualité qu’un grand vin« , compare Mathieu de Wasseige. La question de la qualité n’est pas si simple. “Cinéma d’auteur ne rime pas forcément avec qualité. Et la complexité d’un film, d’une musique ou d’une série n’assure pas qu’il sera bon. Qui décide des canons de qualité ? C’est une question élitiste.

La Casa de papel ©Netflix

En 2017, la télévision américaine a produit 487 séries. 200 de plus que cinq ans plus tôt. Avec l’arrivée de la télé à la demande, un “gros succès” ne signifie plus la même chose que dans les années 2000. Là où Les Experts rassemblaient en moyenne 25 millions de téléspectateurs, les fortes audiences actuelles tournent plutôt autour des 10-12 millions. Oui les productions explosent, oui les amateurs de séries ne savent plus où donner de l’œil, oui Netflix y est pour quelque chose. Mais, grâce à son modèle économique impressionnant, il a aussi, et surtout, permis une fragmentation du marché et une diversification des contenus. Forcément, toutes les séries ne sont pas des œuvres d’art dont on parlera encore dans 20 ans. N’est pas David Lynch qui veut. Mais le géant propose tout de même pas mal de contenus divertissants et agréables regarder. Et c’est aussi ce qu’on lui demande.

Enfin, reste la suspicion qui pèse sur Netflix : forcerait-il la main pour que des saisons sortent alors que l’histoire ne nécessite pas forcément de suite ? Difficile à dire. En reprenant l’exemple emblématique de La Casa de papel, on imagine bien les directeurs de Netflix insister un peu pour que la troisième saison voit le jour. « Quand Netflix nous a appelés après avoir vu que la série fonctionnait très bien dans le monde entier, ils nous ont demandé de réaliser une troisième saison. On leur a dit qu’on devait réfléchir, car on avait besoin de trouver un nouveau moteur émotionnel. Aujourd’hui, nos personnages ont beaucoup d’argent, du coup, je ne vois pas pourquoi ils se relanceraient dans un nouveau braquage« , confiait le réalisateur Alex Pina à Konbini. Mais la plateforme reste coproducteur et n’a donc pas l’exclusivité des décisions. Rien n’est obligatoire, du moins si on accepte à renoncer aux montants (sans doute pharaoniques) que Netflix a dû proposer au réalisateur et ses acteurs.

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