7 raisons de regarder Histoires d’une nation

Même si vous n'avez pas vu les deux premiers épisodes, diffusés mardi 25 sur France 2, cette série documentaire de Yann Coquart, racontée par Roschdy Zem, vaut le détour. Le thème: le mille-feuilles qu'ont composé les différentes vagues migratoires de 1870 aux années 2000 et le vécu de ces étrangers devenus parfois plus français que leurs voisins.

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Le sujet reste brûlant quelle que soit l’époque. Si le cadre de l’affaire Dreyfus ou l’origine de l’immigration espagnole, évoqués dans les premiers épisodes, sont évidemment liés à la période, les schémas cycliques d’accueil et de rejet sont toujours identiques. Les deux derniers épisodes sont donc aussi « accessibles » qu’essentiels.

Le récit est passionnant. On connaît souvent moins bien l’histoire contemporaine que les bouclettes les Louis XIV. Ce documentaire nous apprend énormément de choses, en s’appuyant sur un storytelling diablement efficace, qui passe avec une grande fluidité d’une communauté à l’autre, d’une région à l’autre, d’un conflit à l’autre.

Les images sont saisissantes. Bravo à ceux qui ont effectué les recherches iconographiques et le montage. Plans de foules lors des grands événements sociaux, images du quotidien, dans l’intimité de la famille ou la difficulté du boulot, la réalité de l’époque s’imprègne immédiatement, avec les chocs que cela représente quand on (re)découvre la manière dont ont pu être traités les Italiens, les Algériens, les Congolais ou les Juifs.

Les témoins font vivre les images. Connus ou inconnus (seul le nom et le pays d’origine est mentionné), les enfants ou descendants d’immigrés – ici Ramzy Bédia –  mettent des existences sur des statistiques. Ils racontent les motivations de leur famille à s’installer en France, la frontière de la langue, l’adaptation, le travail ingrat, l’équivalence des diplômes, le gymkhana administratif, les moqueries à l’école… Avec un ton qui ne vire jamais à l’acide, qui sourit souvent, qui touche toujours.

Le but est atteint: faire la preuve de la cruauté et de l’absurdité du rejet de l’autre. Parce qu’il faut être bien malin pour reconnaître l’immigrée polonaise dans la vieille Provençale dont l’accent fleure surtout l’huile d’olive. Parce que le cœur se serre devant ces mômes qui n’ont pas eu le temps de comprendre pourquoi on leur faisait réciter le bonheur d’être Français en classe avant de les renvoyer « chez eux », dans un pays où ils n’ont jamais mis les pieds. Parce qu’on a du mal à suivre les justifications de gouvernements qui promettent la justice aux « colonisés » en les expédiant au front et les effacent ensuite de la mémoire nationale. Parce que les états d’âme volatils des foules sentimentales transforment en meilleur ami le sale macaroni d’hier et font brusquement du brave docteur Schwarzbaum un émissaire menaçant de l’internationale sioniste. Seule logique: la peur de l’avenir et la recherche de coupables dès que la situation socio-économique se dégrade.

Les élections sont toutes proches. Et le discours de certains politiciens actuels puise directement dans les arguments brandis en 1880, en 1938 ou en 1950. Voir se dérouler ce qui a précédé ces slogans ravageurs et ce qui les a suivis amène forcément à réétudier leur pertinence. Et à en mesurer la portée…

La télévision propose d’excellentes choses. Même en dehors de Netflix. Il serait dommage de bouder son intérêt et son plaisir…

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