Rêver sous le capitalisme

Quand le travail n’empêche pas de dormir, il peuple nos rêves, derniers bastions de liberté.

© Alex J. Reyes / Unsplash

Y a-t-il encore un lieu où l’on peut être seul avec soi-même, libéré du joug d’une société constamment à la recherche d’efficacité ? Outre peut-être les 2m² où nous nous autorisons les petites et grosses commissions, le domaine des rêves pouvait nous sembler le dernier refuge contre les angoissantes contraintes que nous impose la vie aujourd’hui.

Pour certains, et ils sont chaque jour un peu plus nombreux, la nuit ne porte plus conseil mais rime avec conseil d’administration. Le stress du travail pénètre notre esprit lorsqu’il est censé se reposer. La réalisatrice Sophie Bruneau part de ce postulat pour mettre en lumière, en récit et en scène les rêves de ceux qui craignent davantage leur patron au fond de leur lit que dans leur open space.

Douze femmes et hommes sont ainsi invités à raconter leurs rêves, peuplés de plaintes de collègues, de bruits de machines et de quête de productivité. “Ces âmes que l’on malmène décrivent, de façon poétique et politique, leur souffrance subjective au travail. Petit à petit, les rêveurs et leurs rêves font le portrait d’un monde dominé par le capitalisme néolibéral, raconte Sophie Bruneau. Ce qu’il s’agit de saisir ici, ce n’est pas la partie visible de l’acte productif, mais la façon dont le rêveur se débat avec l’expérience subjective du travail, irréductiblement individuelle.

Sophie Bruneau n’en est pas à son coup d’essai. En 2006, elle rendait déjà compte de l’infiltration sournoise du travail dans la tête zombiefiée de l’employé type du 21e siècle. Avec Rêver sous le capitalisme, qui a également une vie au cinéma depuis le 12 septembre, elle continue son travail de lanceuse d’alerte, mettant au jour avec brio les dérives d’un système qui broie les corps et les esprits.

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