L’illetré: maux de mots

L’illettré aborde un handicap oublié, qui touche pourtant 7 % de la population adulte scolarisée en France.

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Dans l’Illettré, il y a Annie Cordy ! Notre icône nationale y campe la grand-mère analphabète qui a élevé le héros. Cela devrait suffire à convaincre de regarder ce téléfilm, mais on vous donne quand même le pitch. Léo a quitté l’école à 13 ans et oublié ce qu’il y avait appris. À 20 ans, il travaille à l’usine et cache son illettrisme à ses collègues et chefs… Jusqu’à l’accident, qui lui survient car il est incapable de déchiffrer une consigne. Léo, blessé, va se reconstruire par la rencontre de Nora, jolie infirmière passionnée de lecture, qui va tenter de le réconcilier avec les mots. Ne nous arrêtons pas à ce script très ”écran témoin”. Le roman éponyme de Cécile Ladjali, dont il est tiré, avait déjà réussi à sortir du cliché par la force de son écriture et de sa sensibilité.

Ici, la réalisation de Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes, Une famille à louer) joue la corde du réalisme social avec engagement et sincérité. L’atelier, l’usine, les gens, sonnent juste et vrai. Normal, on n’est pas dans des studios mais à l’usine exFralib des Bouches-du-Rhône (théâtre d’un gros conflit social en 2014). Les événements s’enchaînent sans jouer au conte de fées. On découvre tout ce que ce handicap induit, pas seulement dans le quotidien mais aussi dans la vie affective ou l’expression des sentiments. Léo ne lit pas et Léo manque de mots. Sa frustration, son incompréhension, ses appréhensions s’expriment par la violence. Il faut beaucoup d’amour pour l’aimer. Et c’est tout cela qui rend intéressante cette fiction télé. Le documentaire 21 jours au cœur de l’illettrisme enchaîne comme une évidence. Une journaliste y rencontre des adultes qui tentent d’apprendre à lire. Plongée dans une réalité parallèle, insoupçonnée.

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