Allende, an 3

Point commun entre Allende, Pinochet et Josy Dubié ? Un document inouï dont la télé de papa se souvient bien.

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On est en août 1973. Le journaliste belge nommé Josy Dubié, 33 ans et récemment engagé par la RTBF, veut absolument se rendre au Chili pour y rencontrer Salvador Allende, valeureux défenseur de la démocratie et du socialisme, mais dont les idées sont regardées d’un drôle d’œil par les États-Unis – le socialisme, c’est exactement comme le communisme, ça n’entrera jamais chez l’Oncle Sam. Le président chilien, sans le savoir, arrive à la fois au terme de son contrat et de sa vie: le gouvernement américain soutient farouchement Augusto Pinochet, qui s’apprête à renverser Allende et ses valeurs beaucoup trop rouges. Notre compatriote Josy Dubié, lui, n’a pas encore conscience qu’il va réaliser la dernière interview d’un homme déchu qui, un mois plus tard, renversé par la dictature pinochienne, mettra fin à ses jours dans son palais de la Moneda.

C’est un document assez exceptionnel que la chaîne Histoire, ce jeudi, ressort des archives de la télévision. Un tête-à-tête qui n’a rien d’anodin, entre un président qui ignore son destin et un journaliste qui a réussi à se faire passer pour un représentant du parti socialiste belge – grâce à la complicité de feu André Cools – pour en apprendre un peu plus sur la gauche sud-américaine. “Je vous le dis, camarade Dubié”, clame un président qui parle avec franchise, conviction et passion. Et on vous le dit: ce serait dommage de ne pas revoir ce fait d’armes du reporter culotté qu’est Dubié (qui, par ailleurs, s’en ira plus tard filmer la chute de Saïgon et les derniers jours du régime sud-vietnamien), frangin d’un certain Jean-Claude Defossé. La bonne nouvelle, c’est que la soirée se prolongera avec un documentaire moins “célèbre” mais tout aussi captivant, toujours signé Josy Dubié et une fois de plus filmé au Chili. Sauf que là, quinze années ont passé depuis que le tyran Pinochet répand le sang. Et les enfants qui ont grandi sous son règne sont devenus de parfaits soldats à l’esprit aveuglé, désespéré et angoissé, qui ne sont pas près de connaître la démocratie…

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