Celui qui est né deux fois

Dans ce nouveau numéro d'Un jour, un destin, Laurent Delahousse explore la face cachée de Fabrice Luchini, un orateur hors norme.

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À sa manière de dire, de réciter, de déclamer, il nous régale. À cette diction scandée et à cet art de l’éloquence, on le reconnaît entre mille. Fabrice Luchini, bien qu’il soit “fils de primeurs”, ne crache pas dans la soupe : il fait aujourd’hui partie de la bourgeoisie. Ses talents d’acteur de cinéma puis de théâtre l’ont mené loin. Bien loin du petit salon de coiffure chic de l’avenue Matignon. À treize ans, puisqu’il n’excelle pas vraiment sur les bancs de l’école, sa mère le place en apprentissage chez Alexandre, maître coiffeur français. Cette femme qui l’a fait naître et, dira-t-il, “qui est née pour travailler chez les autres”. Constamment dans ses jupes, il la résume aujourd’hui à son essentiel. Mais sa véritable naissance à lui se produit lorsqu’il approche la littérature et les textes des grands auteurs (Balzac, Flaubert, Céline…). Il parle comme un livre.

Que ce soient des allusions sexuelles, des convictions politiques, de son histoire familiale ou de l’appréhension de l’amour (“On ne peut définir l’amour, il faut être Rimbaud…” se plaît-il à dire), Fabrice Luchini s’exprime dans l’urgence, avec comme un besoin irrépressible de parler pour être. Puis, parfois, il se tait. Alors le silence est d’or. Face à ces yeux rêveurs et à cette bouche semi-ouverte, on devine et on imagine. Ensuite reviennent la logorrhée grandiloquente et l’envolée sauvage. Laurent Delahousse aura bien du mal à lever le voile sur ce personnage fantasque qui cache si bien ses maux derrière les mots. À travers des archives et des témoignages inédits, le présentateur tente de déchiffrer ce comédien passionné, cet angoissé de la vie, ce showman invétéré sur les plateaux de télévision, cet enfant énigmatique de Montmartre et tous ses voyages intérieurs qui n’ont d’autres frontières que celle du cœur.

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