Carré… ment caustique

Ruben Östlud secoue le cocotier du politiquement correct avec cette ode à la liberté déroutante, mais jubilatoire, qu’est The Square.

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Quelle est la réalité de l’homme? Et que pèse cette dernière dans un système organisé selon des règles strictes par l’homme lui-même? Autrement dit: l’homme peut-il avoir une existence propre et autonome au sein d’un groupe de ses semblables? Telle semble être la question qui taraude le cinéaste suédois Ruben Östlund, qui étudiait de près l’enfermement de l’individu par le groupe dans son glaçant Play (2011), un film très dérangeant sur le harcèlement scolaire et son implacable mécanique.

C’est aussi par un piège – on retrouve l’homme pris dans un engrenage – que commence The Square, Palme d’Or très contestée à Cannes l’année dernière, mais défendue bec et ongles par son président de jury Pedro Almodovar. En effet, dans ce long métrage mis en scène avec une formidable mais déroutante science du cinéma (des plans-séquences redoutables étirés jusqu’à leur point de rupture), Christian, conservateur d’un prestigieux musée d’art contemporain, petite quarantaine très propre sur elle, va-t-il progressivement perdre tous ses repères après le vol de son portefeuille, jusqu’à sévèrement péter les plombs. Lui, l’homme “conscientisé” et pétri de valeurs humaines, dont l’œuvre mise en évidence dans son musée, le fameux “Square”, invite les visiteurs à l’altruisme et leur rappelle leur devoir à l’égard de leurs prochains.

Pas facile d’accès, The Square est pourtant extrêmement drôle (vous ne verrez par exemple plus jamais un préservatif de la même manière). Car autant vous dire qu’Östlund n’y va pas avec le dos de la cuiller dans son massacre en règle de l’art moderne, mais aussi de la pensée politiquement correcte vue, ainsi que le rappelle Almodovar, comme “un système dictatorial aussi effrayant que d’autres dictatures”. Par le rire cinglant, le cinéaste nous invite à nous libérer de nos carcans, mais nous rappelle que ce n’est pas une sinécure, à travers notamment l’extraordinaire scène de l’homme-singe où l’écart de la norme continue d’effrayer.

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