Orange Is The New Black : une saison 6 réussie

Décevante lors de sa cinquième saison, la pépite de Netflix Orange is The New Black retrouve la forme dans son avant-dernière salve. Juste à temps.

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Lorsqu’elle débarque en juillet 2013, Orange Is The New Black fait sensation à plus d’un titre. Première grosse production Netflix, elle offre la possibilité de bingewatcher, c’est-à-dire regarder l’entièreté d’une saison en un seul morceau, tous les épisodes étant mis en ligne simultanément. Un mode de consommation presque habituel aujourd’hui mais encore inédit à l’époque. Mais surtout, la série propose une immersion dans l’univers carcéral des femmes, un lieu qui intrigue, mais qui a été très peu exploité jusque-là, voire pas du tout.

Adaptée de l’autobiographie de Piper Kerman (Orange Is The New Black: My Year in a Woman’s  Prison), elle relate la vie en prison d’une Américaine aisée, bernée par son ancienne girlfriend, à la tête d’un vaste trafic de drogue. Arrêtée, la miss BCBG est condamnée dix ans plus tard à une peine de 15 mois ferme, qu’elle purgera dans la prison de Litchfield. Où elle va devoir apprendre, outre l’obligation de se plier à l’autorité des gardiens souvent sadiques, la cohabitation avec une population plus que diversifiée – de la mère de famille à la bigote de service, la dingo du pénitencier, la coiffeuse transsexuelle ou la terreur qui règne sur la cuisine de l’établissement. Sans oublier les retrouvailles avec son ex-amante.

Le résultat ne se fait pas attendre : véritable phénomène, Orange Is the New Black accroît la popularité de Netflix et multiplie les récompenses. Les saisons s’enchaînent et la critique reste positive. Jusqu’à la cinquième saison. Les scénaristes tentent alors un pari osé : développer l’intrigue autour de l’émeute qui se déroule au cœur de la prison durant trois jours. Un huis clos oppressant, sans véritable rythme malgré quelques sursauts. Et qui laisse craindre le pire pour la suite. Bon nombre de productions se sont en effet cassé les dents après une salve de moindre qualité. Pourtant, Orange Is The New Black renaît véritablement de ses cendres avec sa sixième saison, mise en ligne fin juillet. 13 inédits qui vous scotchent à la zappette. Pourquoi ?

Un vent de fraîcheur

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Les cinq premières saisons avaient toutes mis l’accent sur le combat interne à la prison, entre les différentes communautés : Blacks, Blanches, Latinas… C’est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Déplacées dans une nouvelle prison, les détenues sont dans l’obligation de revoir leurs alliances passées et jurer fidélité à leur nouveau quartier. S’ensuivent la naissance de nouvelles amitiés, la séparation de binômes qu’on pensait indestructibles… De quoi offrir une toute nouvelle dynamique et surtout ouvrir le champ des possibilités dans des relations qui finissaient par tourner en rond.

Parmi les détenues de Litchfield, certaines ont en effet disparu, replacées dans d’autres établissements pénitentiaires. Comme Maritza, l’indéfectible amie de Flaca, qui n’apparaîtra dans aucun plan cette année. C’est à peine si elle est évoquée par ses anciennes camarades. Tout comme l’emblématique Boo (Lea DeLaria). Et c’est là une véritable réussite : alors qu’on pensait que le manque de ces personnages se ferait cruellement ressentir, il n’en est rien. Grâce notamment à l’introduction des nouvelles codétenues. De forts caractères, parfois émouvants comme Daddy (Vicci Martinez), cette ancienne maquerelle, ou la révélation Madisson aka Badisson (Amanda Fuller). Une bad girl comme on les aime, forte et fragile à la fois. Les quelques flash-back consacrés à la découverte de son passé permettent de lui donner la petite dose d’humanité nécessaire et de comprendre que sous sa carapace, elle est comme les autres. Véritable méchante de l’intrigue, elle se comportera a priori de la même manière dans la prochaine salve, ce dont on ne peut que se réjouir. Mention particulière également aux deux sœurs ennemies, cheffes de gangs qui ne cessent de s’affronter: Barb et Carol (Mackenzie Phillips et Henny Russell). Un tandem sadique et manipulateur à souhait.

Héroïne du show, Piper (Taylor Schilling, impeccable dans son interprétation) s’est aussi progressivement effacée au profit des personnages secondaires. Aujourd’hui, dans Orange Is the New Black, il n’y a plus à proprement parler un personnage central mais plutôt un ensemble. Heureusement d’ailleurs, puisque Piper a très mal évolué au fil des saisons. Petite chose fragile dans un premier temps, elle s’est transformée en une caricature de prisonnière, pas avare d’un sale coup et grisée par les maigres pouvoirs qu’elle obtient. Dans le même temps, d’autres se révèlent et s’imposent, comme Crazy Eyes (Uzo Adubba) et son petit grain de folie ou Nicky la junkie torturée (Natasha Lyonne).

De l’actualité, de la vraie

Cela a toujours été une marque de fabrique : Orange is The New Black aborde des sujets de société sensibles. Après avoir mis en avant la représentation LGBT sans verser dans la caricature et le stéréotype, ou s’être penché sur le phénomène Not In My Name, la série s’attarde désormais sur les vices du système carcéral et le management des prisons, véritable business aux États-Unis. Des intrigues cyniques, encore plus terrifiantes lorsqu’on prend conscience qu’elles ne sont qu’un pâle reflet de la réalité. Autre fait sociétal abordé par l’entremise du procès de Taystee : le mouvement Black Lives Matter qui dénonce les violences policières à l’encontre des citoyens noirs. Et dans le final, c’est la question migratoire qui est abordée. Un militantisme assumé qui fait vraiment du bien.

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La série explore le management des prisons, véritable business aux États-Unis.

Peu d’informations filtrent quant à la septième saison mais celle-ci a déjà été commandée il y a plusieurs mois. Et devrait selon toute vraisemblance conclure Orange Is The New Black. La série a fait le tour des thématiques qu’elle pouvait aborder. Les différents arcs scénaristiques de la sixième saison convergent tous vers une conclusion. Comment cela se finira-t-il, personne ne le sait. Mais continuer juste pour le plaisir pourrait s’avérer dangereux. Souvenez-vous des fameuses “saisons de trop” de Dexter, How I Met Your Mother, Prison Break… Même si la productrice, Jenji Kohan (Weeds) reconnaît que “la nature de la série fait que l’on peut continuer indéfiniment en faisant intervenir de nouveaux personnages”, elle semble prête à fermer définitivement les portes du pénitencier.

Orange is the new black, Saison 6, Netflix

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