L’événement télé de la semaine

Ne ratez pas Mélancolie ouvrière. Un grand téléfilm, porté par une grande équipe, et une belle histoire vraie...

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Il était temps que l’on rende hommage à Lucie Baud. Cette ouvrière des filatures de soie s’est révoltée, à la fin du XIXe siècle, contre les conditions de travail inhumaines qui étaient la norme à l’époque. 13 heures par jour pour un salaire de misère. Lorsque le patron veut passer à 14 et encore diminuer la solde, Lucie Baud entre en grève. Qui se souvient de cette jeune veuve féministe, qui a dû se battre pour faire entendre sa voix, même au sein des syndicats ? Qui se souvient de son courage et de sa solitude, rejetée même par ses propres enfants ? D’abord une historienne, Michelle Perrot, qui lui a consacré un essai. Puis Gérard Mordillat, qui en a fait ce film.

L’écrivain cinéaste, soutien de Jean-Luc Mélenchon, auteur engagé de Vive la Sociale! et Les vivants et les morts, ne livre ici ni un documentaire neutre, ni un biopic romanesque. Il montre la trajectoire de cette femme avec dignité. Autour de lui, un casting trois étoiles d’acteurs estampillés “de gauche” : Philippe Torreton, François Cluzet, François Morel… Et Virginie Ledoyen, surprenante, rend Lucie Baud humaine et émouvante. L’émotion, elle est là, aussi, par l’attention apportée à la musique. Jean-Claude Petit, vieux complice de Mordillat et compositeur sensible (on lui doit les airs de Jean de Florette), alterne la simplicité du Temps des cerises chanté dans les ateliers pour couvrir le bruit des machines à l’ampleur du Nabucco de Verdi. Le résultat, ambitieux, engagé, dépasse largement la case “téléfilm” et aurait mérité le grand écran (et le grand public). Surtout que son message n’a jamais été plus actuel, à l’heure du “travailler plus pour gagner moins”.

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