Le droit d’être soi

Ils ont fui leur pays en raison de leur orientation sexuelle. Silent Stories dresse leur portrait.

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Face à un tel sujet, beaucoup auraient succombé au sensationnalisme, au pathos ou au racolage à coup d’images fortes et de gros plans de larmes. Hanne Phlypo et Catherine Vuylsteke ne tombent jamais dans le piège. Leur Silent Stories est au contraire marqué par la retenue, la sensibilité et le sens du détail. Plus qu’un reportage, ce film documentaire témoigne d’un vrai parti pris esthétique. La palette va du bleu au gris, comme un ciel de Belgique. Les témoins se révèlent par leurs mains, leur regard ou le paysage qu’ils contemplent. La musique, omniprésente, comble les longs silences. Aucun plan n’est gratuit, tous nous laissent entrevoir l’âme de Sara, Jean-Louis, Arezki et Rabiatou. Ils partagent une histoire similaire. Catholiques ou musulmans, ils ont été menacés, jugés, violentés dans leur pays d’origine. Ils sont arrivés en Europe et y ont été, plus ou moins, abrités.

Petit à petit, leurs récits se reconstruisent. Exil, tristesse, rêves, amour, espoirs, affirmation de soi, leurs sentiments se répondent. Sara, transsexuelle irakienne actuellement dans un centre d’asile aux Pays-Bas, raconte le soutien de sa mère et le rejet de la société entière, qui l’a déclarée “Haram”. Rabiatou, homosexuelle guinéenne évoque le viol, le mariage forcé, la détresse et la fuite. “Les gens comme toi n’ont pas le droit de vivre”, a dit son père. On la voit aussi reprendre des études et sourire. Azerki s’est marié à Luc, revient parfois en Algérie, étranger chez lui, hanté par la culpabilité d’avoir laissé sa famille. Jean-Louis fixe dans les yeux les statues des saints de nos églises et explique ce que subissent les gays en Afrique. Tous se sont reconstruits et croient en un futur favorable. Au fil des 52 minutes, on réalise que les avoir accueillis rend notre pays plus grand. À bon entendeur.

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