France Ô va disparaître d’ici 2020

La transformation des médias publics français amène le gouvernement à supprimer non seulement France 4, mais aussi France Ô.

France Télévisions Belgaimage

Disponibles chez nous, France Ô et France 4 sont plus discrètes que France 2 ou France 3. Mais elles proposent toutes les deux des émissions, des séries et des documentaires passionnants dont nous parlons régulièrement dans nos pages. France Ô diffuse l’excellent magazine de reportages Investigatiôns, mais aussi des série cultes comme Black Sails et The 100, ou le talk-show Clair obscur, où Sébastien Folin s’entretient longuement avec une personnalité. France 4 a réinventé les Minikeums, suit la musique dans Taratata ou Monte le son, parle de science avec Défis cobayes, de société avec Génération What… Et leur existence, comme celle de toutes les chaînes françaises disponibles en Belgique, nous touche de près.

Début juin, Françoise Nyssen, Ministre française de la Culture, annonçait un gigantesque chantier audiovisuel. L’objectif ? Des médias d’excellence, en phase avec leur temps, qui proposent une offre numérique riche et qualitative, et assurent leur pérennité en récupérant la cible des ados et des jeunes adultes. Ce qui représente des investissements considérables, malgré la baisse de la dotation annoncée par Emmanuel Macron. D’ici 2022, les médias publics devront économiser 190 millions d’euros par an. Il faut donc choisir ses combats.

Les chaînes radio et télé sont déjà en phase de réorganisation. Les directions changent, les grilles s’affinent : France 3 va s’enraciner encore davantage dans le terroir par exemple (de 2 à 6 heures par jour). France 4, chaîne « jeune » devrait, d’ici 2020, devenir une Web TV. C’est en tout cas ce que préconisait Françoise Nyssen, dans le but de libérer un canal de la TNT, de supprimer des frais de diffusion et de trouver la cible là où elle se trouve : online. Comme aucune date n’avait été fixée, on attendait la suite.

Elle est arrivée plus tôt que prévu. On n’en sait pas plus sur France 4 (se retrouvera-t-elle vraiment sur le Net ou pas ?), mais le sort de France Ô a été scellé. En 2020, elle va libérer un autre canal de la TNT. « Il faudra interroger nos concitoyens d’outre-mer et leurs élus pour déterminer si l’avenir est au maintien de France Ô sur le canal hertzien », disait Françoise Nyssen il y a quelques semaines. Depuis, la délégation aux Outre-Mer de l’Assemblée nationale avait, à l’unanimité, demandé le maintien de la chaîne sur la TNT. Peine perdue.

En guise de consolation pour ces électeurs du bout du monde qui se considèrent comme les laissés pour compte de la République, le gouvernement promet un renforcement des médias locaux (le réseau Outre-mer 1ère) et un portail numérique enrichi. Pour conserver quand même le lien avec la métropole – et éviter par la même occasion de s’aliéner tout à fait le petit monde de la production, de l’animation et de la fiction -, des programmes qui concernent l’outre-mer seront diffusés sur France 2 et France 3 (voire France 5) à des heures de grande écoute…

« La représentation des territoires et des habitants ultramarins doit trouver sa juste place au sein de l’audiovisuel public, non pas à la périphérie – comme c’est le cas aujourd’hui à travers la chaîne France Ô dont l’audience reste encore trop confidentielle », a précisé le premier ministre Edouard Philippe. On croirait presque que c’est d’abord pour faire une fleur aux Martiniquais et aux Polynésiens que France Ô disparaît…

Le plan d’économies de 190 millions a été réparti. 20 millions pour Radio France (France Inter, France Culture, France Musique, France Bleu, France Info…). 10 millions pour Arte, TV5Monde, France Médias Monde et l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et 160 millions pour France Télévisions. Le « retrait » de France 4 et France Ô de la TNT devrait en absorber le plus gros puisqu’on évalue à 10 millions/an le coût de diffusion plus le coût des grilles de programmes (60 millions).

Restera ensuite à trouver les 150 millions que l’audiovisuel public devra investir dans les projets numériques d’ici 2022.

Delphine Ernotte, directrice de France Télévisions, et ses collègues n’ont pas fini de s’arracher les cheveux. Quant aux téléspectateurs, personne ne leur demande leur avis.

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