Sacha Baron Cohen, l’homme qui fait trébucher Trump

Capable de toutes les outrances, l’humoriste jette de l’huile sur le feu avec Who Is America?, série explosive dans laquelle il aurait tendu un traquenard au président des États-Unis.

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Ce bouffon de Sacha Baron Cohen aime avoir des ennuis. Il en a même fait un métier. Plus ou moins tranquille depuis cinq ans et la sortie de The Dictator – satire politique dans laquelle il interprète un tyran d’opérette, chef d’État arabe ennemi du monde occidental -, l’humoriste revient bouter le feu à la télé. Vendu comme une série faite à la nitroglycérine, Who Is America?, “le programme le plus dangereux de l’histoire de la télé”, selon son diffuseur ShowTime, renoue avec Da Ali G Show, performance du traquenard et  du déguisement qui a fait la célébrité de Sacha Baron Cohen, mandaté alors pour piéger des célébrités.

Très remonté, le kamikaze compose le tableau de Who Is America? par prises de contact, approches et interviews avec des personnalités – connues ou pas du tout – du monde politique américain. Parmi ses plus belles prises, le président Donald Trump aurait été filmé à son insu. Trump, déjà victime d’Ali G en 2003 (il n’était alors que milliardaire et ne tiendra qu’une minute face caméra), a réagi en appelant l’acteur à retourner à l’école et à “apprendre à être drôle”. Cette petite guerre des mots enchante évidemment le comédien qui s’en sert pour faire la promo de cette nouvelle série dont on attend beaucoup. Y compris dans les tribunaux américains, parés pour recevoir les plaintes des intervenants trompés sur la nature du projet.

Parmi ses plus belles prises, le président Donald Trump aurait été filmé à son insu.

Autre trophée, Dick Cheney, ex-vice-président à la grande époque de la guerre en Irak, à qui ce  dingue de Baron Cohen demande de lui dédicacer un objet de torture… Un ustensile utilisé par l’armée américaine lors de séances d’interrogatoire qui, par recours à une “planche à eau”, offre une sensation de noyade au prisonnier. Le meilleur de la scène? Dick Cheney accepte et pose sa signature sur le kit “planche à eau” de l’intervieweur. Sans broncher. Comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, même si, dans un soubresaut de lucidité, il s’étonne: “C’est la première fois que je signe une planche à eau”. Vu le contenu et son degré d’explosivité, le programme a longtemps été gardé secret, laissant libre cours à tous les fantasmes. Sarah Palin (ancienne candidate de l’ultra-droite à l’élection présidentielle) est, elle aussi, tombée dans le guet-apens tendu par Sacha Baron Cohen souvent critiqué pour ses méthodes, ainsi que Bernie Sanders (ancien candidat démocrate) semble-t-il.

Automutilation et grosse blague

Des méthodes, pour certains, comparables à celles d’un reporter sans foi ni loi, rare sinon unique représentant d’un journalisme bandit à côté duquel Michael Moore fait figure de Bisounours. Car l’Anglais (il est né à Londres et a commencé à  frapper sur Channel 4) ne fait que poursuivre une longue tradition de l’imposture qui, de caméras cachées en reportages undercover, a toujours amusé le public. De Pierre Desproges (formidable fausse interview de Françoise Sagan et mètre étalon du genre) à François Damiens (les incroyables sketches de François l’embrouille dont l’apogée se trouve dans Mon ket, film tourné en caméra cachée), en passant par Raphaël Mezrahi (lui aussi spécialisé dans le faux entretien avec de vraies célébrités), ils ont tous cherché à repousser les limites du correct.

Sacha Baron Cohen ne fait que poursuivre une longue tradition de l’imposture qui, de caméras cachées en reportages undercover, a toujours amusé le public

Personne n’est allé aussi loin que Sacha Baron Cohen qui ose toutes les outrances et prend tous les risques. Personne n’a été aussi inventif dans la provocation politique. Puisque, derrière l’énormité de la plaisanterie, le travail de ce performer de l’impossible reste éminemment politique. Qu’on l’aime ou pas, qu’on le trouve de bon ou de mauvais goût, on ne peut pas reprocher à Sacha Baron Cohen de ne pas traquer la vérité. À n’importe quel prix et sous tous les prétextes, mais la vérité, rien que la vérité. Un sacerdoce – entre automutilation et grosse blague – qu’il poursuit dans Who Is America?, un programme en sept épisodes qui tente de renouveler le divertissement télé. Pour notre plus grand  plaisir, mais à ses risques et périls.

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