Lundi sur Be tv : le brûlot anti-Trump de Sacha Baron Cohen

À mi-chemin entre les déguisements de Jim Carrey et les attaques frontales de Michael Moore, Sacha Baron Cohen met le feu aux institutions avec Who is America ?, une série en 7 épisodes dans laquelle il a piégé notamment Dick Cheney et Sarah Palin.

whoisamerica

Ce mec est un ovni. Comédien délirant, humoriste roublard, créateur engagé, créature médiatique, il s’est créé des personnages sans filtre, qui expriment ou font ressortir en toute candeur la monstruosité dont l’être humain est capable. Il en a fait ses héros dans The Ali G Show, une émission qui pousse très loin la provocation et dans laquelle il inclut notamment des interviews de people qui ne savent pas à qui ils avaient affaire. Le basketteur Shaquille O’Neal, l’astronaute Buzz Aldrin, Boutros Boutros-Ghali, David Beckham et Donald Trump font partie de ses trophées de l’époque.

Par la suite le Britannique reprend certains de ses personnages pour en faire des films, comme Borat, le journaliste kazakh qui veut rencontrer Pamela Anderson (Borat), Brüno, la grande folle autrichienne (Brüno), l’amiral-général Aladeen, Guide Suprême mégalo de la république de Wadiya (The Dictator) ou Nobby Butcher le hooligan (Grimsby, agent trop spécial).

Qu’ils soient tyrans ou martyrs, les alias de Sacha Baron Cohen sont foncièrement stupides et « hénaurmes ». Ils font donc hurler de rire le public sensible au premier, au deuxième ou au dixième degré, et font hurler tout court ceux qui se sentent (très justement) visés.

Sous le feu des critiques

Jusqu’au boutiste, Baron Cohen est suivi par une ribambelle de polémiques. Parce qu’à force de singer le racisme, l’homophobie, le sexisme, ou l’antisémitisme, il met dans la bouche de ses méchants pour de faux d’authentiques horreurs, condamnables devant la loi. Et parce qu’il n’hésite jamais, pour souligner son propos, à faire parler des gens sans avouer dans quel cadre l’interview sera présentée.

C’est encore le cas ici. Pour cette émission plus secrète que le compte en banque de la reine d’Angleterre, il a demandé à rencontrer des personnalités haut placées aux États-Unis en se présentant sous un faux nom, et les a reçues, grimé, sous une fausse identité. Sur le plan journalistique ce serait indéfendable. Sur le plan légal c’est également très contestable – le comédien et la chaîne Showtime, qui diffuse Who is America ? s’attendent d’ailleurs à des poursuites.

En revanche, ces interviews-pièges sont évidemment des bombes à retardement. Baron Cohen a le talent nécessaire pour tourner n’importe qui en dérision, et obtenir que ses victimes se lâchent. Sarah Palin, qui aurait pu être la vice-présidente de John McCain si Barack Obama n’avait pas remporté la présidence en 2008, était une proie de choix pour l’humoriste déguisé en vétéran coulé dans une chaise roulante. Depuis que l’émission a été annoncée, elle évacue sa rage sur les réseaux sociaux. 

Des invités de choix

Sur Twitter, Matt Drudge, commentateur politique américain, a cité d’autres « guests » :  le journaliste télé Ted Koppel, Bernie Sanders (adversaire de Hillary Clinton pour l’investiture démocrate en 2016), le sénateur républicain Chester Trent Lott, l’ex-procureur général Alberto Gonzales, l’ex-gouverneur démocrate du Vermont, Howard Dean, et le général David Patraeus, ex-directeur de la CIA.

Lors de son passage sur le gril, l’ex-vice-président Dick Cheney (époque George W. Bush), présenté dans une bande-annonce, a été pris à dédicacer joyeusement une planche à eau, un outil de torture utilisé par l’armée américaine pour donner l’impression de suffocation d’une noyade. Quant à Donald Trump, objet d’une autre bande-annonce, il est évidemment la cible ultime de Sacha Baron Cohen. Il faudra attendre lundi, à 21h50, pour découvrir sur Be 1 ce que disent ces figures emblématiques de l’establishment US et comment leurs propos répondent à la question-titre : Who is America ?

Sur le même sujet
Plus d'actualité