La Deux a un nouveau visage cet été

Thibaut Roland s'installe à la présentation de trois soirées estivales par semaine.

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Le chroniqueur d’On n’est pas des pigeons sera le dimanche, le mardi et le jeudi en prime sur La Deux. Il présentera la série de documentaires Pour rire et chanter (qui démarre ce dimanche 8 juillet avec Claude François la revanche du mal-aimé), une série de spectacles d’humour (Jean-Luc Lemoine fait l’ouverture jeudi à 20h35 avec Si vous avez manqué le début) et, à partir du 17 juillet, Le chef en France dans lequel Cyril Lignac nous balade dans les terroirs français et européens.

Vous allez durant l’été présenter des documentaires sur La Deux. Quel est votre rôle, dans ce type de format?

Les gens viennent pour le documentaire, pas pour celui qui présente. Je ne suis pas là pour me montrer. L’idée c’est d’appâter le chaland, de faire venir le public. Je dirais que l’on est un peu entre le journalisme et le commercial. Ce qu’il faut, c’est trouver le bon dosage.

Humour, musique, cuisine, tourisme… Ce sont des sujets qui vous intéressent personnellement?

Je suis un boulimique de télévision; je regarde tout ce qui se passe. Je m’intéresse à tout. Je peux passer sans problème d’un documentaire sur la Seconde Guerre mondiale à Touche pas à mon poste dans la même soirée. J’ai des goûts très éclectiques et j’aime assez mélanger les genres. On n’a pas l’habitude, en Belgique, d’associer Cyril Lignac au terroir et je suis intrigué par ce que cela peut donner. Mais ces émissions seront sur des cases différentes. Chaque jour aura sa couleur.

Parmi les sujets musique, on va voir un document sur les années 80, un autre sur Claude François,… Vous surfez sur la nostalgie?

Oui. La nostalgie n’a jamais été aussi branchée et on avait envie de donner cette petite coloration. Mais on aura aussi M. Pokora! Ou Pascal Obispo qui n’est pas encore dans cette tranche d’âge même si il commence à s’en approcher. Pour prendre l’exemple de Claude François, il a quelque chose de super contemporain. Pas tellement dans l’œuvre artistique – je ne suis pas sûr que tout le monde écoute du Claude François à toute berzingue – mais dans l’histoire qu’il raconte, dans son parcours. Il parle à notre époque par son côté parano et tête brûlée. Il raconte des choses sur aujourd’hui autant que sur hier.

On vous a surtout vu sur La Une, vous voilà le visage estival de La Deux. Est-ce le signe de nouvelles perspectives sur la chaine?

Les visages de La Deux ce sont d’abord ceux du sport, qu’on voit pendant le Mondial et qui permettent à la chaîne de faire des cartons d’audience tous les soirs. Je viens compléter en deuxième ligne. Est-ce que cela annonce des projets pour la suite? Franchement, je n’en sais rien. A priori je repars à la rentrée sur le 20:02 sur La Deux et On n’est pas des pigeons sur La Une. Je vois au jour le jour et ça me va bien.

On n’est pas des pigeons change d’animateur. Que pensez-vous du départ de Sébastien Nollevaux?

C’est un choix à la fois très rare et courageux. Souvent en télévision on a l’effet inverse: des animateurs qui s’accrochent à une petite portion de lumière, même lorsqu’on essaie de leur faire comprendre que c’est terminé. Sébastien c’est le cas unique de l’animateur qui préfère sortir de scène alors qu’il est au sommet et que sa cote de popularité est au zénith. Il a peut-être aussi l’envie de toucher à quelque chose d’autre, je ne suis pas armé pour parler à sa place. J’ai un immense respect pour ce qu’il a fait, c’est tellement hors du commun.

Et l’arrivée de Benjamin Maréchal?

Si l’on doit prendre une liste de potentiels successeurs à Sébastien, il n’y en a pas dix qui ressortent. Son arrivée est pour moi justifiée et légitime. Il connaît l’émission et c’est un bourreau de travail. Je sais qu’il va mettre les bouchées doubles pour convaincre les derniers sceptiques qu’il est la bonne personne à la bonne place.

Vous avez exprimé à plusieurs reprises votre désir de talk-show…

Si on demande à un animateur quelle émission il rêve de faire un jour, il répondra automatiquement un talk-show. Mais un talk-show repose sur un équilibre tellement précaire… C’est compliqué de trouver les bons ingrédients. Je ne sais pas si j’en aurais les capacités, ni même si on a les ressources suffisantes en Belgique pour faire beaucoup de bons talk-shows. Cela demande un sacré bagage au niveau éditorial et des équipes de chroniqueurs de bon niveau. Et il faut que la mayonnaise prenne entre eux. La Belgique est un petit marché. On oublie souvent que l’on a la taille d’un département français. C’est logique qu’il y ait moins de talents en Belgique qu’en France.

Vous faites partie des jeunes animateurs de la RTBF. Qu’est-ce que vous estimez pouvoir apporter à la chaîne publique?

Peut-être une liberté de ton qu’elle n’ a pas toujours eue dans le passé. J’ai envie qu’on se lâche un peu plus à l’antenne, dans le propos et dans la forme. Aujourd’hui, tout est possible sur les réseaux sociaux et, à l’inverse, on a une télévision qui se referme de plus en plus et des discours très stéréotypés. On voit l’emprise du CSA. La télé est hyper bienséante, hyper formatée. Je pense que ce grand écart ne va pas pouvoir tenir. Si demain la télévision veut pouvoir attirer des jeunes et convaincre qu’elle a des contenus sexy et intelligents à proposer, il faut absolument qu’elle s’imprègne de liberté. On ne peut pas avoir un espace médiatique où l’on peut tout dire et un autre où on peut dire de moins en moins de choses. C’est ce qui me fait peur aujourd’hui.

Cette liberté de ton est-elle vraiment envisageable sur le service public?

Il y a un minimum de règles à respecter – on ne peut pas tomber dans l’invective ou dans l’insulte. Mais on gagnerait à être plus libre. Je pense à une émission que j’aimais beaucoup sur le service public français: Ce soir ou jamais. Il y avait une vraie liberté de ton dans cette émission, sans pour autant verser dans le caniveau ou au ras des pâquerettes. C’est la preuve qu’il est possible d’associer la qualité et la liberté de ton.

Mais les audiences n’étaient pas au rendez-vous…

D’autres paramètres entrent en jeu. C’est difficile lorsque l’on vous diffuse le vendredi à 23h35.

Il est courant que les animateurs TV de la RTBF fassent de la radio. C’est un média qui vous tente toujours?

Je viens de la radio. Lorsque j’étais sur RTL, il y a encore un an, j’ai terminé par de la radio. Les gens qui sont en place sur VivaCité, qui est la radio qui me correspond le plus, font bien leur boulot. Il y a aussi des questions d’agenda. Mais ça reste une porte ouverte. Je fais d’ailleurs un peu de radio cet été le dimanche sur VivaCité dans Ces années-là et je participe à l’émission Quoi de neuf en semaine. Il y a donc moyen de concilier télévision et radio.

Vous semblez avoir placé le sport entre parenthèses. Peut-on s’attendre à ce que vous réinvestissiez ce domaine à la télévision?

Quand je vois les autres tous les soirs devant mon écran ça me titille, je me dis que j’aimerais bien ajouter un petit siège et m’installer à côté d’eux. Mais qu’est-ce que j’apporterais en plus? L’émission tourne, fait des audiences canon. Ils sont tous bons dans leur registre. A partir du moment où je ne vois pas quelle valeur ajoutée je pourrais amener, ça ne sert à rien de trop s’imposer. C’est un peu politiquement correct de dire ça mais je le pense vraiment.

Votre intérêt pour le sport et votre désir de talk ne vous donnent pas envie d’allier ces deux éléments dans une émission?

La mayonnaise entre talk et sport prend bien en France avec l’After Foot sur RMC, L’Equipe TV… Ce sont des talks très libres, sans langue de bois, entre émission sportive et café du commerce. En Belgique je ne suis pas sûr qu’on ait cette culture-là. On a peu de snipers, de gens qui partent dans tous les sens. On est plus fort dans l’analyse tactique, le debriefing un peu sérieux des matchs. La question reste la même. Est-ce qu’il y a un public pour ce genre de format ou pas? Je ne suis pas sûr de la réponse. En Belgique on est peut-être trop bienveillant, on aime les gentils, pas les grandes gueules.

Vous avez été agent de joueurs. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce métier?

Je voulais passer de l’autre côté du miroir. J’ai démarré en presse écrite comme journaliste sportif et la première source d’information n’était ni les présidents de clubs ni les joueurs mais les agents. C’est l’entourage des joueurs qui vous aide à remplir un journal pour le lendemain. Ce monde m’intriguait vraiment. C’était presque qu’une expérience sociologique. J’avais envie de voir ce qui se passait de l’autre côté. Ca n’a duré qu’un an et demi, je me suis bien amusé mais j’en ai fait le tour et je suis retourné à ce que je savais vraiment faire. Je n’étais pas très bon dans l’exercice.

Vous avez forcément un pronostic sur les Diables rouges pour la suite de la Coupe du Monde…

Je dois faire un aveu: je faisais plutôt partie des «diabolo-sceptiques», des mecs qui doutaient des Diables rouges au début et ne voyaient pas plus loin que les quarts de finale grand maximum. Mais, après ce qu’ils ont montré, je pense qu’ils peuvent vraiment aller au bout. Peut-être pas ramener le trophée mais aller jusqu’en finale. J’estimais avant le tournoi qu’il y avait 4 ou 5 équipes plus fortes que nous. L’Espagne, l’Argentine et l’Allemagne sont déjà toutes les trois sorties. Je pense que le Brésil est au-dessus de nous mais prenable. J’espère voir un match France–Belgique en demi-finale. Je pense que ce sera du 50/50. Ce sera une superbe affiche si c’est le cas.

Propos recueillis par Pierre Poulain (st.)

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