Documentaire: On n’entend que par le cœur

L’éloquence des sourds dresse le portrait de Virginie, première avocate sourde profonde de France.

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« Je suis devenue avocate parce qu’on m’a dit que ce métier n’était pas pour moi, que c’était impossible”, confie la jeune femme, posant à côté de sa robe. Née dans une famille d’entendants, elle a construit sa vie en se battant pour communiquer. ”Je suis bavarde”, ajoute-t-elle. Ses paroles jalonnent tout le reportage: ”Je vous parle avec une voix qui peut-être vous dérange. Je ne la connais pas, je ne l’ai jamais entendue. C’est le fruit de 20 ans de travail, 20 ans d’orthophonie 3 fois par semaine… Bam.

Comment ne pas admirer tant de courage, de force et de ténacité? Au fur et à mesure de son témoignage, c’est un monde parallèle et mal connu qui s’ouvre. C’est, aussi, une réalité difficile qui prend corps. ”La surdité, c’est le handicap de la communication. Les sourds ne naissent pas muets”, poursuit-elle. Après quelques minutes, on décode chacun de ses mots. On en vient même à en vouloir au sous-titrage. À travers l’évocation de son quotidien et les confidences de son amoureux, sourd lui aussi, l’on découvre la fragilité, la fatigue qui minent l’héroïne accro à son travail. On comprend cette peur d’être exclu, d’être à l’écart, d’être à côté, d’être regardé. On réalise la maladresse des personnes dites normales face aux malentendants, cet odieux parler “petit nègre” (horrible vocable) qu’on leur réserve. On s’en veut de la gêne qu’ils suscitent. Même une fête peut être l’occasion de faire face à ses limites. Ça épuise. Ça enferme. Virginie ne veut pas l’entendre. Elle avance. Mais, parfois, elle l’exprime. Un film sensible, émouvant, tolérant, à voir et à écouter absolument.

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