Victime des mutants

Retour sur l'histoire de la pénicilline, cette révolution médicale dont les effets s'essoufflent.

penicilline_arte

Ses victimes sont nombreuses: tuberculose, diphtérie, pneumocoque. Mais si la pénicilline a sauvé des millions de vies et augmenté la durée de vie des êtres humains au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les scientifiques estiment qu’elle est sur le point de perdre de sa superbe. D’ici 2050, les germes porteurs de maladies devraient avoir suffisamment muté pour ne plus être inquiétés par les vertus du médoc. “On prévoit qu’alors, les germes résistants aux antibiotiques feront partie des premières causes de décès, entraînant plus de victimes que les accidents de la route ou les cancers” insiste le biologiste de l’évolution Hinrich Schulenburg. Un constat en guise de nouvelle sonnette d’alarme. Déjà en 1945, alors qu’il recevait son prix Nobel de médecine, l’Écossais Alexander Fleming, l’homme qui a découvert la pénicilline, désacralisait sa découverte et démontrait au monde qu’une consommation trop fréquente de l’antibiotique aurait un effet néfaste sur ses effets.

Entre archives, interviews et reconstitutions bien foutues (Arte-style), le film voyage notamment à travers le musée de l’ancien hôpital Saint-Mary de Londres, où Fleming officiait et mit le doigt, un jour d’été et totalement par hasard, sur cette sorte de moisissure. Le réalisateur allemand Wilfried Hauke offre un regard contemporain sur la révolution que représenta la pénicilline, un médicament tellement entré dans nos mœurs qu’il faut aujourd’hui presque nous en désintoxiquer si nous voulons qu’il continue à fonctionner. Il revient également sur les décisions américaines d’interdire aux Allemands et aux Autrichiens l’accès à la pénicilline, ce qui a eu de graves conséquences pour les perdants de la Deuxième Guerre mondiale, le film définissant finalement la pénicilline comme une arme thérapeutique.

Plus d'actualité