RTL: le bilan de la saison télé est excellent mais…

L’année a été très dure. En pleine tempête, Stéphane Rosenblatt, le directeur général de la télévision a dressé le bilan de la saison, qui pourrait bien être sa dernière à RTL.

rosenblatt

Quand il est arrivé à la rédaction de RTL, le mur de Berlin était toujours debout et le roi Baudouin était toujours vivant. Aujourd’hui à la tête des trois chaînes de télé, RTL-TVI, Club RTL et Plug RTL, Stéphane Rosenblatt vit sans doute ses dernières semaines au sein de la chaîne privée. En cause, sa mésentente de plus en plus profonde avec Philippe Delusinne, administrateur délégué, et la nomination d’Erwin Lapraille à la direction générale des radios qui l’a privé de facto de la direction des contenus de Bel RTL qu’on lui a confiée en 2017.

Stéphane Rosenblatt a régulièrement porté plusieurs casquettes. Le fait qu’on lui retire celle-ci, après la direction de l’info, – et sans doute la manière dont cela a été fait – l’a décidé à introduire une citation en référé. Une action en justice contre RTL qui mènera forcément à un départ, avec les honneurs de la victoire (et une compensation financière) ou un peu plus de frustration.

En attendant, toujours directeur de la télé en titre et en fonction, il retrace les bons points et les aléas d’une année compliquée, marquée par une restructuration très dure, et envisage un avenir qu’il a largement préparé mais dans lequel il n’aura sans doute plus que la place de (télé)spectateur.

La saison a été excellente pour RTL. Or on s’attendait à un résultat mitigé…

Stéphane Rosenblatt – C’est le paradoxe apparent de la saison. Cette saison était importante pour nous à cause de deux facteurs potentiellement très négatifs. D’une part, le plan #Evolve (le plan de restructuration qui a coûté leur emploi à 88 personnes, ndlr) et toutes les conséquences en termes de transformation d’entreprise et de problèmes sur le plan humain. D’autre part l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge, et donc la nécessité absolue pour nous de maintenir le cordon de protection que sont nos audiences et la compétitivité de nos grilles intactes.

Et là, on sort d’une année qui est notre meilleure saison depuis dix ans en terme d’audience sur nos trois chaînes. Les téléspectateurs sont matures. Ils regardent un média parce que ce que ce que le média produit et diffuse leur plaît; ça répond à leur attente. Ce n’est pas pour autant qu’ils développent automatiquement un sentiment d’identification avec tous ceux qui y travaillent.

Il y a un effet déformant entre une image qu’on peut dégager et une consommation qui n’a jamais été aussi bonne que cette année. Pour nous, c’était capital, parce que si en plus si cette digue-là – la digue de performance – avait flanché, on serait face à un tout autre problème. La réussite de nos audiences, ce n’est pas juste pour la gloriole de dire qu’on a des bonnes audiences. Elle nous permet aussi de garder intactes les capacités de relance et de perspective dans un contexte économique difficile pour l’avenir.

Cette saison a été très forte avec beaucoup de nouveautés lancées alors que vous aviez encore tout votre personnel. La saison prochaine, il faudrait que le téléspectateur ne ressente aucune différence. Comment tenir vos promesses vis-à-vis du public en absorbant le rationnement des équipes imposé par #Evolve?

Un travail énorme est en cours. Nos équipes réalisent pour l’instant la transformation du modèle de production qui doit entraîner – en minimisant au maximum les conséquences – une diminution des coûts de production. Le fait de s’organiser dans un mode plus global et beaucoup plus transversal doit entraîner une baisse des coûts de chacun des programmes. Le but de ces économies est de pouvoir dégager des moyens qui seront réinvestis dans la production.

Ca, c’est le premier challenge, le plus difficile. L’autre, c’est de hiérarchiser la priorité. C’est clair que j’aurais aimé, par exemple, qu’on investisse plus dans la production de Plug RTL ou même de Club. Mais on a priorisé le sport pour Club RTL en renouvelant le contrat Champions League. C’est fondamental parce que les contrats sportifs sont des contrats pluri annuels. C’est donc aussi un engagement pour l’avenir.

Dans ce contexte-là, je suis tout à fait formel, on continuera à proposer des nouveautés la saison prochaine. Mais on les repartira mieux par rapport à la demande en cours de saison. La saison d’été, par exemple, sera un peu plus longue qu’elle l’était les années précédentes.

Dans les émissions qui ont démarré cette année, quelles sont celles que vous avez préférées?

J’adore Appel d’urgence parce qu’au niveau de l’écriture, de la narration, du degré de lecture, ça correspond vraiment bien à ce qui fait le succès de ce type d’émission. Mais je peux en mettre dix derrière… Face au juge, c’est du travail en interne, et finalement que les plus gros succès soient l’œuvre des équipes internes de la maison montre le savoir-faire qui reste dans la maison, c’est important de le souligner. C’est le plus gros succès en termes d’émission: 702.000 en moyenne, 745.000 pour la meilleure.

On en fait des petites séries de 8 ou de 10 et on alterne entre le retour d’autres émissions à succès. On sert au téléspectateur des nouveautés qui arrivent progressivement en cours d’année et c’est ce qu’on va continuer à faire. RTL doit toujours garder ces valeurs de stabilité et de repère, et en même temps se renouveler en permanence en s’adaptant à l’air du temps. C’est ce mix là qu’on doit trouver en permanence…

Est-ce que c’est une question d’air du temps si Place royale, qui a quand même progressé de 7 % cette année, ne reviendra pas à la rentrée, en tout cas au même rythme?

Il y a plusieurs éléments à prendre en ligne de compte. L’air du temps, oui mais aussi les coûts de production. C’est une émission chère. L’actualité quotidienne des activités royales est difficile à suivre. L’équipe la fait avec talent et un investissement incroyable, recherche en permanence de nouvelles idées pour l’adapter de manière contemporaine – et c’est vrai que le casting royal n’est pas le plus riche, en tout cas au niveau de son actualité hebdomadaire.

II n’a jamais été question d’abandonner cette émission – c’est une de ces marques historiques qui font partie de l’ADN de RTL-, ni de la marginaliser, même si sa périodicité est amenée à changer. Elle doit garder un côté exceptionnel. C’est une émission extrêmement chère en terme de moyens de production et il est clair que cet équilibre est entré en ligne de compte. On fait de la télé et, en termes de télé, personne ne peut dire que les choses sont garanties à vie et qu’elles ne changeront pas. #Evolve a bien montré effectivement que les tabous ne valent que pour ceux qui y croient.

A propos de tabous , RTL a connu plusieurs polémiques cette année, en dehors même de #Evolve, avec Mariés au premier regard ou Les enfants de Cupidon en début de saison, mais aussi Emmanuelle Praet et son travail à la police bruxelloise. Est ce que la polémique sert la chaîne?

Une chaîne de télé ou de radio, c’est vivant, donc elle doit interpeller. Le fait qu’une partie du public se définit parfois négativement par rapport à ce qu’on fait démontre qu’on n’est pas tout à fait lisse. Ces émissions n’étaient pas hot du tout, c’étaient des émissions avec des sujets juste un peu plus chauds en apparence, mais avec toujours une vocation très très grand public. Je pense que personne n’est tombé dans les pommes à 19h45 en voyant ces émissions qui avaient clairement des limites par rapport au public auquel elles s’adressaient. Dans le monde dans lequel on vit, il faut se faire entendre et parfois crier un peu plus fort pour se faire entendre. Mais jamais on n’y a réfléchi en termes de stratégie, on n’allume pas la mêche pour le plaisir d’allumer la mèche, ça c’est clair.

Par rapport aux medias, on est dans une approche historique très sage. En Belgique francophone, qui est pourtant une terre de vraies libertés, il y a quand même beaucoup de conventions en ce qui concerne les medias. La bienséance et le politiquement correct en font partie. Beaucoup plus qu’en Flandre. Ce qui crée parfois un problème d’autocensure et c’est vraiment dommage. Finalement on a une société beaucoup plus conservatrice en apparence, la Flandre, qui est beaucoup plus créative sur le plan de la liberté de ton qu’elle s’accorde, des sujets tabous qu’elle aborde et des polémiques qu’elle assume. Et le sud qui se pavane souvent parce qu’il serait soi-disant plus ouvert que le nord, alors qu’en fait il ne l’est pas du tout.

Cette saison a été plutôt molle en termes de séries, est-ce que on a du mal à trouver des séries américaines grand public?

Nous sommes aujourd’hui les derniers qui assumons de diffuser, en prime time, sur la chaîne premium, des séries d’action américaines grand public classiques – elles continuent quoi qu’on en dise à faire des scores d’audience extrêmement élevés, régulièrement encore entre 25 et 30 % de part de marché. La RTBF, lorsqu’elle a une série comme L’arme fatale, la met sur La Deux et arrive à des audiences sinon confidentielles du moins pas très importantes, alors que si nous l’avions mis sur TVI un mercredi à 20 h on aurait fait 400.000 téléspectateurs, parce qu’il y avait un potentiel.

C’est vrai qu’il y a peu de nouveautés en termes d’innovation et de renouvellement créatif mais ca reste un facteur très important pour RTL. Avec des séries comme Bull ou d’autres, qui sont quand même de très bonnes surprises, on est quand même avec 23 à 25 % de part de marché sur cible, dans des jours de semaine très exposés comme le lundi ou le mercredi soir.

On continue à investir dans certains deals avec les grands studios même s’ils ont changé. Les types de séries destinées au câble, destinées aux plateformes et au streaming etc. ont fait que l’offre n’est plus la même. Mais pour nous cette relation reste importante Je pense entre autres à CBS. Ils produisent encore des séries comme NCIS, qui nourrissent un rendez vous comme le mercredi soir, avec succès, depuis des années.

Pour pouvoir augmenter le coût de certaines cases il faut qu’on puisse en diminuer d’autres et garder un niveau moyen de rapport audience/coût raisonnable. Et, pour RTL, les séries restent cette variable d’ajustement très importante. Et en termes de séduction d’audience et en termes de réalité économique.

Il y en a une qui va arriver l’année prochaine et sur laquelle vous misez particulièrement?

Oui il y en a une qu’on a vue dans les screeners l’année dernière chez Sony. S.W.A.T. (une série d’action policière avec Shermar Moore, l’ex-Derek Morgan d’Esprits criminels, ndlr), qui rentre tout à fait dans l’ADN de RTL. C’est un exemple…

Au niveau de l’info vous avez pas mal bousculés par la RTBF…

On l’est encore sur le 13 heures. C’est très erratique en fait. On est devant pendant quelques semaines, puis c’est la RTBF… Mais sur l’ensemble de la saison on reste leader à 13 heures. La bonne nouvelle c’est que le 19 heures a non seulement continué à progresser, y compris dans ses écarts, mais aussi à retrouver un leadership pour tous les jours de la semaine alors qu’il était aussi parfois un peu chahuté le week-end.

Sauf exception liée à un événement sportif – je parle pas du mois de juin avec le foot évidemment – le 19 heures se porte très très bien, ce qui aussi est important vu le processus de transformation dans lequel la rédaction est impliquée.

Pour les moindres performances du 13 heures, il y a plusieurs facteurs. L’access du 13 h, entre autres, est clairement plus faible chez nous aujourd’hui que celui de la RTBF, parce qu’on a fait le choix de ne pas investir là parce que on ne rentabilise pas l’access du 13 heures.

La façon dont on présente l’info vieillit très vite, est-ce que vous envisagez de renouveler un journal dans les mois à venir?

Il faudrait en parler à Laurent (Haulotte, ndlr) mais un gros gros travail est effectué sur la réflexion transversale sur l’info. La transformation ne recherche pas seulement l’efficacité. Elle vise aussi à utiliser nos moyens de manière beaucoup plus appropriée, et de redéfinir les modes de travail qui permettent de redégager du temps. Parce que ce qui est indispensable aujourd’hui, c’est de créer de la plus-value spécifique sur nos rendez-vous d’info. La consommation a tellement changé au cours des dernières années… On ne peut pas se permettre, au moment où on arrive sur les rendez vous télé, de proposer seulement le résumé de ce qu’on a pu voir avant sur les autres plateformes.

L’enjeu, à la rédaction comme à la production, c’est de réussir ce qui est l’essentiel – c’est-à-dire garder un niveau d’exigence éditoriale et répondre à la nécessité de créer des contenus, là aussi avec de la plus-value éditoriale – dans un mode de production transformée et revue. Avec moins de gens, et dans des processus de transformation parfois inédits parce que peu éprouvés. Et ça, ce n’est jamais gagné. Ce sont de vrais challenges, pour les magazines comme pour le journal, mais c’est la condition indispensable. Les moyens ne sont rien s’ils ne sont pas au service d’un projet.

Mais s’il est géré intelligemment, avec pertinence et surtout avec discernement, selon les situations, tous les moyens peuvent être utilisés. Parce qu’on peut tourner avec un téléphone, mais personne n’a jamais dit qu’on tournerait tout avec un téléphone. On peut tourner avec un JRI seul (journaliste reporter d’images, ndlr), mais personne n’a jamais dit que toutes les situations se prêtaient à tourner avec des JRI. Ca reste d’abord un travail de pertinence éditoriale, c’est l’enjeu. Ca ne se fait pas en un jour et aujourd’hui on est dans la phase difficile – euphémisme…

A propos de son départ possible, Stéphane Rosenblatt ne livrera aucun commentaire, sinon “je fais mon boulot, je le défends avec le même l’attachement à cette maison et à ses équipes que j’ai et que j’ai toujours eu”. L’été sera lourd à RTL. Et riche en tractations.

La succession à la tête de la télé se jouerait entre le patron des magazines, Georges Huercano-Hidalgo, et celui de l’info, Laurent Haulotte.

Sur le même sujet
Plus d'actualité