Mise en bouche

Élément central et soigné d’une série télé, le générique reçoit enfin l’attention qu’il mérite.

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L’ouverture du documentaire d’Olivier Joyard par le générique de La quatrième dimension prouve l’importance qu’ils revêtent, souvent inconsciemment, dans la culture collective. On reconnaît, aux premières notes de l’intro sonore et au visuel futuristico-désuet, cette série du début des années soixante même sans en avoir jamais vu le moindre épisode. En une poignée de secondes, Olivier Joyard prouve toute leur puissance des génériques à ceux qui en négligent la richesse.

Après être revenu sur l’histoire de cette discipline proche de la publicité, il pose également le paradoxe qui l’entoure. S’il a rarement été aussi soigné (de Game of Thrones à Westworld en passant par True Detective), le générique est néanmoins en danger, finissant régulièrement sacrifié sur l’autel du binge watching permis par Netflix ou par l’essor du streaming. L’enchaînement compulsif d’épisodes finit par le rendre lassant, davantage encore lorsqu’il s’étale sur une minute ou plus. Il est d’ailleurs aujourd’hui possible de le skipper. C’est alors tout un travail visuel, sonore et souvent philosophique qui est nié.

Un travail de l’ombre passionnant, brillamment mis en valeur ici. Entre concepteurs, directeurs artistiques et showrunners, on devine la genèse de certaines des introductions les plus marquantes de ces dernières années, mais également de séries plus confidentielles. Si certains aspects sociétaux s’étirent un peu trop, on s’éclate, plongés dans cette orgie d’images iconiques. Outre la conversation avec le compositeur du générique de Twin Peaks, tout aussi onirique que la série elle-même, notons la délicieuse intervention, toute en nonchalance, de David Chase, créateur des Soprano dont l’intro à travers New York et le New Jersey est restée dans toutes les mémoires et que l’on ne reverra plus jamais de la même manière. Le docu permet aussi d’enfin comprendre l’origine du terme “soap” qui définit une série aux États-Unis! Rien que pour cela – mais pas que – le docu vaut le détour.

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