Amour rouge sang contaminé

Film phénomène autour de l’action colérique de l’association Act Up, 120 battements par minute met en scène l’un des épisodes les plus sombres de l’épidémie de sida. Une sorte de Love story des années 90 – fière et sous baxter.

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Au moment où on attend en salles (le 27  juin) le nouveau film de Christophe HonoréPlaire, aimer et courir vite – histoire d’amour sur fond d’épidémie de sida dans les années 90 – la première télé de 120 battements par minute réactive l’intérêt pour cette période noire dans la vie de la communauté LGBTI.  Récemment couronné par six Césars (dont celui du meilleur film), passé à ça de la palme d’or à Cannes l’an dernier, 120 battements par minute de Robin Campillo met en scène la rencontre, au début des années 90, de deux garçons – Sean et Nathan – respectivement interprétés par Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois, que le film, célébré dans pratiquement tous les festivals du monde, poussera sous la lumière médiatique.

Militants à Act Up, Sean et Nathan participent aux réunions, agitées et chahutées, d’où sortent des idées d’actions – des plus saugrenues aux plus provocatrices – dont la réalisation doit servir à alerter l’opinion publique sur l’état de l’épidémie de la maladie.  Noyautant l’action (ou plutôt l’immobilisme) du gouvernement français sur la question de la prévention et dénonçant l’indifférence des laboratoires pharmaceutiques quant à l’étude de nouvelles molécules, l’association enrôle ses membres pour mettre sur pied des happenings dont la violence n’a d’égale que la souffrance des corps des séropositifs.

En suivant l’histoire d’amour naissante entre les deux garçons (l’un déjà touché par le virus et enragé par le combat, l’autre, novice dans le groupe et séronégatif), Campillo évoque une colère déchaînée.  Celle d’hommes et de femmes décidés à prendre leur destin en main, offrant aux patients un statut actif dans le sacro-saint dialogue paternaliste avec les médecins, pointant l’honneur et la légitimité de groupes (homos, toxicos, prostitué(e)s, immigrés) jugés de seconde importance par l’establishment politique.  Hommage politique autant que love story, 120 battements raconte l’histoire d’une guerre où les blessés, parfois à bout de force, décident de se relever pour se dresser contre le mépris et l’hypocrisie criminels.

Saccage des bureaux de sociétés pharmaceutiques, interruptions de conférences sur la santé publique, interventions aux portes des ministères, slogans provocs – Robin Campillo a tout vécu de ce qu’il raconte, ayant lui-même milité à Act Up au plus sombre de l’épidémie.  La dimension documentaire de son film s’attache à illustrer le plus justement la réalité de la maladie, mais ne confisque en rien l’émotion qui en transpire.  Cet émoi qui avance en crescendo vers une fin – terrible et d’épouvante – n’a laissé personne indifférent.

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