Télé : que ferait-on de neuf sans les vieilleries ?

La télé a toujours recyclé ses succès, mais en ce moment on vit un remake des années 60-90 sur écran plat.

En ce moment, on vit un remake des années 60-90 sur écran plat.

Rien qu’au catalogue de Netflix, on compte une quinzaine de reboots, de Dynasty (2017) à Inspecteur Gadget (2015). Sur les chaînes classiques, on en a sept cette semaine, et la saison 3 de L’arme fatale vient de s’achever. Le divertissement aussi se recycle. TMC, qui vient d’arriver en Belgique, nous offre sur un plateau le retour du jeu Burger Quiz d’Alain Chabat. Et il y a quelques semaines, Cyril Féraud a repris l’hélicoptère de La carte aux trésors sur France 3. 

Frédéric Antoine, professeur en journalisme et communication, y voit plusieurs raisons. “En retrouvant un jeu, un talk, on remonte à un moment de sa vie. Une sorte de revival personnel correspond à la résurgence d’une émission. Puis la télévision est un produit générationnel, comme la mode et la déco. Elle remet au goût du jour ce qui existait avant, les choses qui ont été délaissées redeviennent intéressantes. Pour cela il faut que le cycle de l’oubli soit terminé, qu’on puisse repasser à la redécouverte. C’est tout l’art de la programmation: savoir à quel moment on peut remettre quelque chose sans être encore dans la période de désamour.” Au-delà de l’élan de curiosité, toutes les résurrections n’arrivent pas à séduire. Sarah Sepulchre, professeur de journalisme et communication spécialisée en séries: “Les fans de la première heure sont souvent déçus. Les séries ont cette capacité de faire partie de notre vie. Certains chercheurs parlent même des personnages comme d’amis ou de modèles. On tisse des liens très forts qu’on ne peut plus renouer trente ans après. Et le jeune public accroche mal avec ces séries qui font sans cesse des références à la première version qu’il ne connaît pas”.

Un schéma classique

Les séries les plus adulées provoquent des réactions contrastées. La reprise de X-Files, en 2015, a laissé les accros sur leur faim. La version US du Prisonnier, en 2009, a été jugée sacrilège. Et Twin Peaks, repris par David Lynch lui-même, avec la même équipe, a fait grincer des dents. “Parfois il y a un vrai attachement à une proposition narrative forte, constate Sarah Sepulchre. Avec la saison 3 de Twin Peaks, 26 ans après, on a retrouvé l’impertinence, la manière de raconter de Lynch. Mais il y a eu des avis très négatifs. Ceux qui étaient heureux étaient des fans avertis, qui ont apprécié de se voir désarçonnés comme dans les années 90.” 

Il n’est pas nécessaire de faire l’unanimité pour trouver le succès surtout quand, comme Hawaii 5-0, le concept repose sur un schéma classique. Valérie Lardinois, directrice des acquisitions et de la programmation à RTL-TVI: “Les séries qui reviennent 20 ou 30 ans après gardent le canevas de base. La série MacGyver par exemple, qu’on va proposer à la rentrée, a été un véritable succès sur M6. Pourtant elle a été décriée sur les réseaux sociaux. Les puristes ne s’y reconnaissaient pas, mais il y avait un public pour la regarder. On a de toute manière des obligations d’acquisitions auprès des studios et un certain nombre de séries à acheter. Ce sera un test”

À court d’idées ?

Les producteurs choisissent-ils le mode flash-back par manque d’imagination? Pas forcément. “L’offre télévisuelle est beaucoup plus abondante qu’il y a vingt ans, rappelle Frédéric Antoine. Comment peut-on remplir cette offre sinon en allant tout naturellement chercher dans le catalogue de ce qui a été proposé avant?” Et les valeurs sûres ramènent un univers rassurant. Comme cette Carte aux trésors, qui a réuni 2,5 millions de téléspectateurs, fin avril. France 3 va aussi renouer à l’automne avec Le grand échiquier. Sera-t-il présenté par Frédéric Taddeï qui l’avait ressuscité en 2015 pour un hommage à Jacques Chancel? Surprise. En revanche c’est bien Patrick Sabatier qui retrouvera à la rentrée, sur C8, son Avis de recherche. Un pari plus risqué, qu’on se contentera sans doute de voir sur Youtube. Valérie Lardinois: “On n’est pas acquéreurs, parce qu’on n’en a pas besoin. On a suffisamment de quoi occuper nos cases, autant pérenniser nos productions propres et les séries que l’on a déjà”…

Reste une question: pourquoi le volume de reboots croît-il de façon exponentielle? Question d’évolution des générations pour Frédéric Antoine: “Les modes changent beaucoup plus vite. Un programme tient sur 8 ou 10 semaines puis on passe à autre chose. Et si la rotation est plus rapide, on peut revenir plus vite à des formats qu’on avait déjà connus avant”. Sarah Sepulchre ajoute: “La production d’une œuvre culturelle présente des risques. L’industrie a tendance à minimiser les risques. Et réutiliser des personnages ou des récits qu’on connaît déjà fait partie des stratégies de minimisation des risques. Avec un peu de bol ça va bien marcher, on va récupérer les fans de l’époque, en gagner d’autres et ce sera le jackpot”.

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