France Télévisions: Fermé pour transformations?

France 4 sur le web, France Ô en sursis... Et France 3 plus régional que jamais.

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Cela fait deux ans maintenant que Delphine Ernotte, directrice de France Télévisions, remodèle les télévisions publiques selon des critères contestés, comme l’élimination parfois brutale des (vieilles) têtes d’affiche. Depuis le démarrage de ce nettoyage en profondeur, il y a eu l’élection d’Emmanuel Macron. Or ce garçon, qui n’a pas une estime démesurée pour France Télé, a annoncé très vite qu’il avait l’intention de baisser sa dotation. Delphine Ernotte n’était pas d’accord? Elle a dû apprendre à se taire. Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, a présenté hier les grandes lignes de son plan pour les médias du service public.

Premier point, qui ne concerne pas immédiatement les téléspectateurs: les différentes structures de l’audiovisuel public (France 2-3-4-5-Ô mais aussi TV5Monde, Arte, Radio France, France Info, l’INA…) ne vont plus fonctionner séparément mais ensemble. Selon le modèle que prépare en ce moment la RTBF, il n’y aura plus de patrons de chaînes, mais des directeurs de pôles thématiques, qui travailleront pour tous les médias: radio, télé, web, réseaux sociaux ou autres. Le genre de réforme qui peut amener à une plus grande cohérence et à une meilleure valorisation des marques et des contenus. Michel Field, ex-patron de l’info sur France Télé, dirigera le pôle culture et spectacles vivants, un peu comme Hakima Darhmouch à la RTBF. Anne Holmes prendra en charge la fiction (qui était déjà son domaine sur France 3), Nathalie Darrigand (boss de France 5) les magazines, etc.

«Manquer cette génération, c’est manquer les suivantes»

Cette nouvelle philosophie se prolonge par une mission essentielle: capter les jeunes publics. Dans cette optique, Françoise Nyssen mise sur une construction numérique. Avec une plateforme plutôt récréative, aux fomats «innovants», qui intégrerait Le Mouv’ et certains pans de France Télé. Une plateforme éducative, qui offrirait notamment des outils pour aider élèves et enseignants. Un média culturel (avec des contenus d’Arte ou Radio France entre autres). Une version retravaillée de Franceinfo, qui apporterait une éducation aux médias et aux dérives des fake news. Et de la VOD, des podcats, des webséries…

Ces projets intelligents et plutôt attirants voient loin. Ils prennent en compte la réalité de la consommation des médias audiovisuels, qui existent avant tout parce qu’il leur reste une ou deux générations de «vieux» consommateurs, et veulent pérenniser l’existence même des médias publics en les intégrant à l’univers des ados et des jeunes adultes. C’est une question de survie alors qu’on est en plein virage sociétal et culturel. Les gamins, il faut les intéresser, les convaincre et les garder. Et, à tout prendre, tenter d’«élever leur niveau» pour répondre aux exigences pédagogiques d’Emmanuel Macron.

En pratique…

Dans l’immédiat, rien ne change pour les auditeurs et téléspectateurs. Mais Françoise Nyssen a annoncé quelques décisions fortes qui les concernent. D’abord, France 3 va s’ancrer davantage dans le terroir en multipliant ses émissions régionales (de 2 à 6h par jour). Cela passera notamment par une collaboration étroite par la radio régionale France bleu. En aura-t-on déjà des signes à la rentrée de septembre? Sans doute rien de révolutionnaire. Il faut du temps pour dessiner une grille de télé, encore plus pour mettre au point de nouvelles émissions satisfaisantes.

France 4 va se retrouver reléguée sur le web. Première raison invoquée? La libération du canal qu’elle occupe sur la TNT (Télévision Numérique Terrestre) française. Cela permettrait à Franceinfo de grimper du n° 27 au n° 14, et donc de mieux faire sa place au sein des chaînes d’info en continu, alors qu’elle propose une offre globale à 360° (radio, télé, web) grâce à tous les acteurs de l’audiovisuel public. Deuxième raison: la cible. Puisqu’elle s’adresse en priorité aux enfants et aux jeunes, elle peut quitter sans dommage le réseau hertzien et vivre online.

Le sort de France Ô est encore en balance. Un autre canal de la TNT est en jeu, mais il y a dans ce cas-ci des considérations politiques délicates. Cela pourrait donner un signal de désintérêt de la métropole pour ces autres Français du bout du monde. «Il faudra interroger nos concitoyens d’outre-mer et leurs élus pour déterminer si l’avenir est au maintien de France Ô sur le canal hertzien». Si la chaîne disparaît, la ministre promet que des moyens seront dégagés pour renforcer les offres numériques dans les Outre-mer.

La question des économies n’a été abordée que très vaguement. Et pourtant… Ce virage important va demander des investissements considérables pour créer (et alimenter) les nouveaux médias – et les nouveaux contenus, sur lesquels insiste beaucoup Françoise Nyssen, qui veut «sanctuariser la création». Avant même de songer aux économies demandées par le président – le sujet viendra sur la table cet été -, il faut envisager organiser différemment les budgets. La suppression d’une, voire deux chaînes, de la TNT semble une solution rentable («L’enjeu c’est d’investir dans les contenus plutôt que la diffusion», dit-elle dans Le Monde). Même si on comprend mal que le coût de fonctionnement d’une chaîne web puisse être beaucoup plus bas que celui d’une chaîne hertzienne.

Le travail commence maintenant avec les équipes concernées. Espérons que ces ambitieux projets aboutiront, sans perdre au passage ni leur vocation première, ni les téléspectateurs/auditeurs lassés par des années de maigres changements et de déceptions.

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