Enfant adopté : satisfait ou remboursé

Sujet choc ce soir dans Reporters : les révoltantes pratiques américaines en matière d’adoption.

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Aux États-Unis, comme en Europe,  la procédure d’adoption est longue et coûteuse. Cela demande du temps, de l’investissement et l’approbation de la justice. Mais là-bas, quand on a adopté un enfant, on peut aussi le perdre.

Choisir d’adopter implique un vrai parcours du combattant. Durant l’interminable procédure, mais aussi après. Accueillir un enfant n’est pas anodin, et peut même se révéler un vrai challenge. Il faut que chacun s’adapte à l’autre, la famille adoptante et le petit nouveau. Et on rencontre parfois des problèmes, surtout si l’enfant a déjà quelques années de vie difficile derrière lui. Il peut se révéler agité, rester en retrait, avoir du mal à s’intégrer. Le contact avec les nouveaux frères et sœurs est parfois électrique. C’est là qu’apparaît la plus grosse différence entre les deux systèmes. Aux États-Unis, il est possible de rendre le petit que vous avez adopté, un peu comme vous le feriez avec un appareil défectueux ou trop encombrant. Et même pas besoin de justification, tout est parfaitement légal.

Si le phénomène a de quoi rendre perplexe, au pays de l’oncle Sam, c’est presque une adoption sur quatre qui est annulée. Chaque année 25 000 enfants sont « désadoptés ». Majoritairement étrangers, ils sont alors renvoyés en foyer où ils attendent de trouver une nouvelle famille. Évidemment rien n’interdit alors aux parents de les désadopter à nouveau. Au final, on peut comparer ces jeunes à de vrais produits de consommation.

La foire aux enfants

Partant du principe que « le client est roi », tout est mis en œuvre pour satisfaire les besoins des parents/clients. Certains en ont même fait leur métier. Parfaitement légales, ces agences de rehoming (réadoption) vont tout mettre en œuvre pour « vendre » ces enfants à grands coups de catalogues, de speed dating ou de foires (!).

Une fois par an, par exemple, les agences organisent une journée « Meet the Kids ». Devant les parents potentiels, les enfants défilent sur un petit texte de présentation, tels des mini-miss. Alors on sourit, on montre son plus beau profil et on enfile ses plus beaux vêtements. Tels les lots d’une vente aux enchères, ils ont quelques minutes pour convaincre le public qu’ils sont l’enfant idéal, en espérant être choisis. Et s’ils font partie des heureux élus (tant pis pour les autres), rien ne garantit que ce sera définitif. L’adoption aux États-Unis, c’est un peu satisfait ou remboursé.

Marché noir

Bizarrement, ces enfants « bradés » ont la cote. Car la procédure de réadoption coûte environ 5000 euros, contre 30 000 pour une adoption classique ! Cependant, certains adoptants considèrent que c’est encore trop cher et trop long. Alors ils se tournent vers les petites annonces sur Internet. On appelle ça le private-rehoming. Une méthode tout aussi légale et encore plus scandaleuse… Le principe est affreusement simple : le futur ex-parent met une petite annonce où il décrit l’enfant à la manière d’un animal domestique (en utilisant des termes comme « joyeux, calme ou joueur« ) et indique son prix. Après, il ne reste plus qu’à attendre les réponses. Une fois que les deux familles sont d’accord, il suffit de passer devant le notaire, de signer une procuration qui délègue le droit de parenté temporaire à la nouvelle famille. Qui a bien sûr le droit de ne pas garder l’enfant à son tour et de le rendre à la famille précédente qui peut le remettre sur le marché. Un cercle vicieux digne de Dickens.

De plus, n’importe qui peut réadopter ces enfants jetables. La procédure est simple, (trop) peu encadrée, et les assistants sociaux ne se mêlent de rien puisque l’affaire se traite de particuliers à particuliers. Ce genre de système constitue une véritable aubaine pour les gens malintentionnés, « employeurs » en quête de main d’œuvre gratuite, esprits tordus ou prédateurs sexuels. L’enfant court un vrai danger de subir des abus physiques ou psychologiques qui le marqueront toute sa vie.

Une enquête de l’agence de presse Reuters avait, en 2013, mis quelques-uns de ces forums d’échange sous la lumière des projecteurs. Certains hébergeurs, comme Yahoo, ont réagi immédiatement en fermant ces forums – en disant qu’ils avaient violé les Conditions d’utilisation, d’autres ont gardé ces pages actives longtemps.

Aujourd’hui, le private rehoming tend heureusement – et enfin ! – à disparaître. Mais le problème des réadoptions reste entier. Les enfants soumis à des abandons successifs peuvent développer des troubles psychologiques, comme des troubles de l’affection. Si dix États américains semblent avoir compris le problème et ont décidé de limiter ces réadoptions, la plupart continue d’ignorer cette situation dramatique que présente ce soir le magazine Reporters.

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