Champion, la série comique et footeuse de la RTBF

La RTBF surfe sur la vague Coupe du Monde pour sa nouvelle série comique et footeuse. Avec Mourade Zeguendi en capitaine, qui connaît toute l’importance de marquer rapidement à domicile. 

Mourade Zeguendi, en star déchue du foot-business. ©RTBF

Tout commence par une reprise de volée. Le regard fixé sur le ballon, le corps en équilibre sur la jambe gauche, la droite prête à fouetter la sphère. Un geste que Souli Romeyda, dit “El Magnifico”, a déjà réalisé mille fois. Mais aujourd’hui, ça va déraper. Le premier match de la saison est lancé depuis dix secondes lorsque le pied de Souli heurte le visage d’un adversaire. Fait de jeu pour les uns, attentat pour les autres. 

Le prodige des quartiers populaires bruxellois, de retour sur les pelouses belges, voulait simplement marquer son territoire d’un geste dont il a le secret. Mais il va précipiter la fin de sa carrière et de tout un chapitre de sa vie. La rixe qui s’ensuit dans les vestiaires avec l’arbitre et la presse achèvera totalement le rêve de Souli de terminer chez lui et en beauté une trajectoire exceptionnelle. “C’est l’histoire d’un orphelin de Bruxelles qui est au top et dont le retour en Belgique vire au flop, sourit l’interprète de Souli, Mourade Zeguendi. Grâce à son don, il devient l’équivalent de Messi ou Ronaldo. Il veut revenir terminer sa carrière chez lui mais il est rattrapé par ses frasques et ses excès.” 

Champion traite donc de la chute d’un homme qui avait tout, mais qui se retrouve complètement perdu dès lors qu’il s’agit d’aller faire des courses. Convaincu d’être porté par l’amour de ses fans, même au plus bas, il pense d’abord s’en sortir grâce à des pirouettes paresseuses. Mais la quête de rédemption passe une reconnexion au monde réel qu’il a délaissé depuis trop longtemps. Celui qui peut tout s’offrir va devoir donner. “Pour Souli, c’est un chemin de croix, mais dans la bonne humeur. Les moments touchants se mêlent aux situations plus absurdes. Même ceux qui n’aiment pas le foot doivent regarder! Ce n’est qu’un  prétexte.” 

"Le foot devient dingue, on n'a rien exagéré" ©RTBF

Une caricature du joueur pro

Il n’empêche que le monde du football fait partie du scénario et que, si le personnage principal est une caricature du joueur pro attiré par les bagnoles et les jolies filles, l’univers dans lequel il évolue semble assez fidèle à ce qu’est devenu l’univers du foot-business. “Souli est un joueur parmi d’autres. Il est dans l’exagération totale. C’était incroyablement jouissif de l’incarner d’ailleurs. Mais je pense que le football devient vraiment dingue. On n’a rien amplifié.”
“On”, c’est une bande de potes qui est née sur le tournage des Barons et qui travaille ensemble depuis maintenant dix ans. “Avec des gars comme Mounir Ait Hamou, Kifash Insaan et pleins d’autres, notre objectif, c’est de faire marrer les gens, sans prétention.” Une bande autour de laquelle sont venus se greffer une équipe technique et un casting hétéroclite, venus de tous les horizons: stand-up, théâtre, cinéma… Une différence qui se marque sincèrement à l’écran. “On ne se connaissait pas au début et c’était sympa de   découvrir ces diversités de styles au fur et à mesure des jours de tournage.”

Grande gueule

Au fil des années, marquées notamment par des prestations notables dans les Barons, donc, ou dans Dikkenek, Mourade Zeguendi s’est construit un joli petit CV du haut duquel il n’hésite plus à l’ouvrir. Aux Magritte, il se désole de ne pas pouvoir remettre le prix du meilleur court métrage d’animation à Théo Franken pour une parodie de la pub Coca que le secrétaire d’État avait partagé sur Twitter et dans laquelle il expulse un homme noir par hélicoptère. Devant le grand Brian De Palma, il refuse le rôle d’un terroriste pour éviter le cliché du musulman djihadiste. 

Du coup, il fallait aborder avec lui les nouvelles stratégies de la RTBF en matière de série, que d’aucuns vantent régulièrement. À raison, mais… “La RTBF donne davantage aux artistes les moyens d’aimer ce qu’ils font en ayant clairement plus d’ambition, de confiance, de couilles… Aujourd’hui, quand la RTBF te propose une série, elle te regarde dans les yeux. Mais il ne faut pas se le cacher non plus, il manque encore beaucoup de thune. Regardez les abribus, on a plus un balle pour l’affichage… L’enveloppe consacrée à l’affichage pour une série française correspond à notre budget total…”

Alors oui, c’est mieux qu’avant, mais quand on y va à fond, on reste bloqué assez rapidement. “Un exemple: on a l’habitude de dire dans le cinéma que ce sont les enfants ou les animaux qui décident d’une bonne journée de travail. En Belgique ce sont plutôt les décors. On a loué plusieurs belles voitures pour une scène. On avait intérêt à être bon tout de suite parce qu’on devait les rendre très vite. Mais la série existe et c’est déjà ça.” Après La trêve, Ennemi public, Unité 42, et e-Legal, Champion est la première série comique commandée par le service public. Un pari important. “Chaque série est un pari. J’ai envie que cela marche mais je ne ressens pas une pression particulière. Ce qui est cool, c’est qu’on est les premiers. Des Arabes pionniers, ça change, hein!”

Drôle et plausible

Dépeindre un univers aussi fastueux, où les coups les plus fumants se jouent dans l’ombre, sans les moyens qui vont avec, était vraiment casse-gueule. Garder les plus fins connaisseurs ancrés dans l’intrigue aurait été très compliqué si la série avait vu trop grand. Heureusement, elle parvient à préserver sa taille humaine, basant son histoire autour de l’homme et pas du joueur. Rien, dans les premiers épisodes, ne semble cheap ou impossible dans le quotidien d’un footballeur professionnel (si ce n’est les discussions avec la présidente de l’Olympique dans les travées du triste stade Roi Baudouin). Pour alimenter le réalisme, notons les étonnantes et convaincantes apparitions de Michel Lecomte, Benjamin Deceuninck et Fred Waseige dans leur propre rôle. Il faudra néanmoins passer outre l’aspect caricatural, fourre-tout et poussif du premier épisode, dû à la multitude de personnages et de sous-intrigues à mettre en place autour de Souli. L’effort en vaut la peine car lorsque l’histoire se calme, chaque personnage gagne en complexité. S’il est évident que tout le monde n’accrochera pas, Champion compense ses faiblesses par de nombreux bons moments, drôles et touchants. 

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