La tête haute : société, tu ne m’auras pas

Portrait sensible d’une enfance en déroute, dominé par la prestation insolente de justesse d’un formidable acteur en devenir.

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Cinéaste à laquelle quelques pisse-vinaigre reprochent, comme à Maïwenn (dont elle fut d’ailleurs la scénariste pour le brillant Polisse), une certaine hystérie dans son approche de la psyché féminine, Emmanuelle Bercot est de ces rares femmes dans la profession à mener de concert une carrière d’actrice (Mon Roi de… Maïwenn) et de réalisatrice (Elle s’en va, où elle perçoit déjà les failles chez l’icône Deneuve). La tête haute suit le destin brisé de Malony, un gamin de la balle planté tout seul par une société démissionnaire, mais que certains chevaliers blancs, un éducateur sensible qui n’est pas au clair avec sa propre image (Magimel, superbe, dans un étrange jeu de miroir avec ses propres démons de la drogue), et une juge très maternelle (Deneuve, touchante) s’évertuent à essayer de sortir du ruisseau.

Bercot, qui avoue une préférence pour “les perceptions du réel plutôt que pour l’histoire” se fait pourtant ici conteuse, décrivant sur une période d’une douzaine d’années un récit d’apprentissage qui n’a rien d’un long fleuve tranquille. Faut dire qu’elle ne finasse pas et nous attrape par le col, n’hésitant pas à flirter parfois avec les clichés du film social, à la limite du misérabilisme. Et pourtant, c’est l’émotion qui affleure vite et nous bouleverse dans ce portrait rugueux d’une enfance maltraitée. Des sentiments que l’on doit à la jeune tête d’affiche: dans la peau de ce gamin rebelle à l’apprivoisement et méfiant vis-à-vis de l’amour, Rod Paradot éclipse, d’un regard dur et tendre à mi-chemin entre James Dean et le River Phoenix de Stand by me, une excellente troupe d’acteurs qui forment la pâte douce de cette claque de Bercot au déterminisme social.

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