Antoine de Caunes: « Il n’y a pas d’âge pour les conneries »

Déguisé en frite ou juché sur une mob, Antoine de Caunes nous embarque dans le Nooord, avec La Gaule d’Antoine. Mais qu’on se rassure, Pine d’Huître ne piétine pas les plates-bandes de Jean-Pierre Pernaut.

Antoine de Caunes dans La Gaule d'Antoine ©BelgaImage

La Gaule d’Antoine, dont on découvrira sur Be 1 le deuxième épisode ce 24 avril, c’est un road-ego-trip échevelé, ponctué de rencontres, de situations cocasses, d’idées foutraques et de moments improbables… Un produit à haute créativité ajoutée, qui souffle du frais dans le ronron du PAF. Le vétéran de la provoc perçoit-il, lui aussi, cette routine des grilles horaires, où le clash et le buzz ont remplacé la surprise ? 

Est-ce qu’on peut toujours déconner à la télé ? 

ANTOINE DE CAUNES – Moi, oui! Mais je ne peux répondre qu’en tant qu’Antoine de Caunes. Je ne peux faire de la télé qu’à cette condition. Si je n’y prends pas plaisir, j’arrête. La télé ne m’intéresse pas tellement… Et c’est un euphémisme.

Et si l’on n’est pas Antoine de Caunes, si l’on débute et qu’on arrive avec une idée improbable… 

À voir. La télé s’est clairement formatée. Elle est dirigée par toute une génération de gens issus des écoles de commerce et de marketing. La télé, ce n’est pas leur métier. Ça change tout. C’est comme dans les journaux: un journal dirigé par un journaliste n’est pas pareil que si c’est un financier, un industriel ou le propriétaire qui se retrouve aux commandes. Aujourd’hui, effectivement, il n’y a pas les mêmes échanges… Les énormes budgets à claquer des années 80, c’est fini, mais ce n’est pas un mal. Je crois beaucoup à la contrainte. Ça oblige à inventer. C’est stimulant. Les outils techniques se sont perfectionnés, c’est plus facile de produire de l’image. De là, on peut créer de nouvelles gram-maires. On a besoin de diffuseurs aventureux, qui aient envie d’essayer du nouveau. Il faut les trouver… Et c’est moins simple. Il y a plein de choses à faire! Mais il faut pouvoir.

Que regardez-vous ? 

L’effet papillon, l’émission de ma femme (Daphné Roulier – NDLR), Groland… C’est quasi tout. La télé ne fait pas partie de ma vie quotidienne, ni de mon mobilier. Quand je rentre chez moi, j’écoute de la musique, je regarde un film, je ne m’assois pas devant le poste! Sauf pour les étapes du Tour de France.

En vivre, apprécier y participer, mais pas  la regarder, c’est paradoxal, non ? 

Pour moi, c’est un médium de masse, bruyant, passif, sédentaire. J’ai grandi dans une famille de gens de télé, j’en ai vu très tôt les coulisses, ça n’a rien de magique à mes yeux. Les émissions de plateau ne me passionnent pas. Je n’ai pas envie de passer du temps à subir des gens qui se parlent et s’engueulent. Je veux rester maître de mon temps. Ça change un peu avec les replays, les podcasts. On est moins esclave des horaires qu’à mon époque. Je consomme aussi pas mal de séries, comme P’tit Quinquin, Breaking Bad, Godless, la mini-série western de Netflix… Ou Game Of Thrones, pour laquelle j’ai une vraie tendresse même si ça part un peu dans tous les sens. Et puis Ray Donovan, que j’aime plus que tout, sur une famille d’Irlandais à Los Angeles, diffusée sur Canal.

 Cette télé poubelle dévalorise aussi bien ceux qui la font que ceux qui la regardent

À l’époque de Nulle part ailleurs, vous y alliez fort, mais aujourd’hui, on vous a vu plus souvent vous insurger contre des faits précis… 

Je me sens plus libre d’exprimer mes opinions. Dans NPA, on allait loin… Mais aujourd’hui, je réagis. Sur l’affaire Weinstein, c’est le papa qui s’est insurgé. Puis, c’est vrai que j’ai dénoncé la télé-réalité, parce que je n’en peux plus. Quand on a tourné dans le Nord, j’ai été frappé par la prévention des gens contre la télé. Ils ont le sentiment d’avoir été bernés, utilisés, dans des émissions comme Les ch’tis. On les a montrés comme des bêtes de foire. Ça me rend fou! Les dégâts de ces programmes sont terribles, réels, sur la psyché des mômes qui les regardent. Ils nous montrent une représentation dégoûtante du monde. Cette télé poubelle dévalorise aussi bien ceux qui la font que ceux qui la regardent. Je fais aussi de la télé. Et je me retrouve presque à avoir à rendre compte des méfaits de ces gens dont on dit qu’ils exercent le même métier. Leur manque de   respect m’agace au plus haut point. On peut être cruel, caustique, mais en gardant le respect de l’autre comme valeur essentielle. Ça doit être la seule chose que j’ai gardée de mon éducation chrétienne.

L’héritier d’Antoine de Caunes, c’est… 

Monsieur Poulpe, qui a ce côté alternatif. On partage le même goût de la transgression, l’envie de bousculer les codes, de faire le job sans être dupe et surtout pas pour devenir Michel Drucker.

Antoine de Caunes, Youtubeur, on peut en rêver ? 

J’ai un problème avec le format. L’avantage de la télé, c’est le temps long. Si je débutais, j’y penserais…

Le style de Caunes, aujourd’hui, c’est… 

Une approche à la fois ludique et sérieuse. J’adore parler gravement de choses légères et légèrement de choses graves…

Pourquoi ce concept de La Gaule d’Antoine

L’idée, c’est de faire un portrait en creux d’une région. On joue clairement avec les codes des émissions patrimoniales, pour mieux les détourner. On veut échapper aux vieilles pierres, aux vues aériennes, aux reportages chez l’artisan de santons. La solution, c’est justement de les prendre à contre-pied. On montre les lieux à travers des gens originaux, qui ont une conception différente de l’existence, des rêveurs, des pragmatiques, des engagés qui font bouger les lignes… L’idée est de raconter une histoire, de prendre le pouls d’un endroit quand on y passe. Ça rend compte de moments, mais aussi d’états d’esprit, de mentalités, qui sont plus pérennes.

Antoine de Caunes dans La Gaule d'Antoine ©BeTV

Frédéric Lopez, lui aussi, a fait de la France profonde sa dernière Terre inconnue. Qu’est-ce qui vous excite tous avec la France profonde ? 

À force de voyager partout, on a réalisé que la France, c’était le seul pays qu’on n’avait pas visité. L’inconnu est à côté! Évidemment, il y a aussi des questions budgétaires, qui nous font préférer la Marne à la Polynésie. On vit dans un pays qui est plein de pays à la fois. Les habitants ont pour point commun d’appartenir à cette nation, mais mènent des vies très différentes, avec des points de vue, des sensibilités, parfois complètement opposés! C’est pour ça, aussi, que chaque émission est différente!

Vous montrez une éplucheuse de crevettes qui imite les mouettes, un artiste contemporain sculpteur de fromages… 

Sans jamais m’en moquer. Tout doit être abordé avec bienveillance. Je déteste la télé qui fait du spectacle sur le dos des gens et rit à leurs dépens, ou s’amuse avec eux… C’est l’une des valeurs de cette série, de refuser le cynisme, de ne surtout pas donner dans la condescendance parisienne.

Ce qui frappe, à voir les sujets, c’est le nombre de personnes en apparence normales qui se passionnent pour des sujets incongrus… 

Justement, c’est ça, la norme! La norme, selon moi, c’est de garder sa fantaisie, une liberté de mouvement, de refuser d’entrer dans le rang, dans l’enclos avec tous les moutons… C’est essentiel de les rencontrer, pour que le public se rappelle qu’il n’y a pas que le Net et la télé dans la vie… 

Vous dites, dans l’introduction à l’émission, avoir pour objectif de voir le monde et montrer votre cul. Jusqu’à quel âge peut-on se balader à poil ? 

Tant qu’on ne le voit pas, autant qu’on veut! Par principe, je dirais jusqu’au bout, enfin jusqu’à la couche Confiance! Concrètement, je dirais… tant que c’est regardable. Il n’y a pas d’âge pour faire des conneries.

Antoine de Caunes dans La Gaule d'Antoine ©BeTV

Popopop… à podcaster !

Tous les jours à 16 heures sur France Inter, Antoine de Caunes partage ses coups de cœur pop-culture (BD, séries, films…). Avis aux enfants de NPA, l’esprit Canal est là! Rendez-vous ici

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