Safari dépeint l’univers des chasseurs

Documentaire-choc, Safari offre une plongée dans le monde de la chasse. Âmes sensibles s'abstenir.

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Les têtes d’antilopes défilent sur les murs, au rythme des arguments pro chasse de ces Allemands et Autrichiens venus en Afrique pour leur rituel estival préféré. Sans voix off, la caméra d‘Ulrich Seidl (deux fois lauréat à la Mostra de Venise pour Dog Days et Paradis: Foi) dépeint avec une justesse inouïe la mentalité de ces chasseurs pour qui les proies ne sont que des trophées leur rapportant des dollars et un sentiment de puissance exalté. L’hypocrisie atteint son paroxysme lorsque l’un d’entre eux tapote la tête du gnou qu’il vient d’abattre en disant « Tu t’es bien battu, l’ami ». Ou encore quand la femme d’un des chasseurs, spectatrice, s’exclame, après que son mari a tué une girafe, « Je suis à bout de nerfs. Lessivée ». Le réalisateur révèle l’envers du décor de ces chasses privées. Quoi de plus parlant que ces plans insoutenables de dépeçage d’animaux, exécutés par les employés noirs à qui on laisse les restes les moins nobles? Parqués par des baraquements de tôle au service des chasseurs étrangers, ils sont aussi chargés de déplacer l’animal après le coup de feu, et de le rendre « présentable » (« il faut que les cornes brillent »), pour que le chasseur pose fièrement derrière le corps encore chaud pour la photo-souvenir. Le regard d’Ulrich Seidle combiné à l’excellent travail du directeur artistique Wolfgang Thaler fait de Safari une satire sur la chasse à l’esthétisme remarquable.

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