La dernière campagne de Serge Moati

Serge Moati refait le film de la dernière campagne présidentielle.

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Il y a un an presque tout juste, un jeune loup descendait de Jupiter pour rafler, à 39 ans seulement, le trône de France au terme d’une campagne totalement folle. Trahison, alliances, mensonges, révélations, scandales,… Un scénario aux atours de production HBO qui n’a forcément pas laissé Serge Moati de marbre. Homme d’image et de politique, le réalisateur retrace ces mois de feuilletons dans Ma dernière campagne. Un titre en forme d’au-revoir qui n’annonce pourtant pas forcément son dernier film politique, le “ma” faisant ici davantage au côté subjectif – mais pas militant – du film.
Sur le circuit depuis ses 21 ans et sa rencontre avec François Mitterrand, Serge Moati connaît parfaitement les rouages d’un monde qu’il a vu se professionnaliser tant et plus au fil des décennies. Son expérience et ses accès en font l’homme idoine pour raconter une campagne qui l’a désarçonné. “Au début, je m’ennuyais, nous a-t-il confié. Je pensais qu’on allait vers un match Sarkozy/Hollande et les résultats des primaires ont totalement changé la donne. Ça m’a excité.” Malgré la multiplication des barrières entre candidat et presse, Moati tutoie tous les cadors de la classe politique. Grâce à ce statut d’incontournable, ou peut-être est-ce dû à son habitude à gérer des acteurs, il obtient ce petit plus qui rend ses interviews plus consistantes et donc ce film, malgré un sujet déjà abondamment trituré.
Du renoncement de François Hollande au meeting télé-évangélique de Macron en passant par l’inévitable PenelopeGate, celui qui ne se définit pas comme “un journaliste normal” attarde davantage son regard perçant sur les dynamiques populaires, partisanes et les ressentis des acteurs que sur les faits déjà abondamment relatés. Notamment celle du fameux “dégagisme” qui l’a particulièrement marquée quand il a vu des militants de Benoît Hamon se faire remballer avec véhémence pour le simple fait d’être socialiste. Ce “passage vers le nouveau monde”, il n’y croit pas d’ailleurs même s’il reconnaît que la politique est devenue plus imprévisible que jamais. “Nouveau monde, ancien monde: c’est con. C’est comme quand on divorce et qu’on se remarie. Ce n’est pas parce qu’on a refait sa vie que rien n’a existé avant. On est riche de ce que l’on a vécu.” Dans la politique ou pas, à 71 ans, Serge Moati a encore faim et prépare déjà son prochain film en attendant deux livres dont un roman où c’est lui qui sera l’acteur.

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