Doc Shot plonge dans l’antre de la folie

Unité pour malades difficiles a été tourné un an dans une prison psychiatrique de haute sécurité.

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Cadillac, en Gironde. Derrière des murailles ultra-gardées, cinq bâtiments de béton accueillent 86 malades mentaux dangereux pour la société. Autrement dit des hommes qui ont été hospitalisés sur demande de l’autorité publique, parce que leurs troubles les ont conduits à commettre des actes de violence contre eux-mêmes ou les autres (parfois jusqu’au meurtre). Ils sont là pour six mois ou des décennies. On visualise immédiatement Hannibal Lecter dans sa cellule de briques, prêt à fondre sur le moindre attache-tout pour étriper le directeur. La réalité que filme Aymone de Chantérac contredit l’horreur du blockbuster. La réalisatrice a véritablement fourni un travail exceptionnel, en consacrant une année au personnel soignant, aux familles et aux patients. C’est rare de voir des schizophrènes se confier, à visage découvert pour certains. C’est terrible d’entendre leur histoire, de découvrir leur quotidien, leurs délires de persécution, leurs douleurs, leurs hallucinations, mais aussi leurs perspectives d’avenir (on en suivra certains vers la liberté). C’est impressionnant de découvrir la folie en œuvre et, aussi, la patience et la ténacité des infirmiers, kinés, ergothérapeutes et psychiatres. À Cadillac, on ne place pas “simplement” les pensionnaires sous camisole chimique. Le traitement médicamenteux est évidemment présent, mais il s’accompagne d’un travail tous azimuts. Ergothérapie, sport, culture du potager, discussions, les pathologies sont lourdes, mais globalement, l’environnement se veut le plus doux possible. Une plongée dans un monde hors du temps, où l’on comprend que si l’on ne guérit pas de ces maladies mentales, l’on peut en prendre conscience et trouver comment vivre avec. Entre espoir et effroi, une belle leçon d’humanité.

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