La Champions League ne prête qu’aux riches

De la négation du jeu à l’absence de surprise, la mère de toutes les compétitions devient doucement une vieille tante riche mais aigrie.

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Commençons par une bonne nouvelle : le foot rappelle parfois qu’il reste un sport d’êtres humains. La preuve quand 222 millions ne valent rien face à la plus stupide des entorses. Et voilà que contre le Real Madrid et sans Neymar, le PSG, qui se voyait déjà déposant la Coupe aux grandes oreilles au pied de la Tour Eiffel, devient une équipe banale, balayée comme le vulgaire club du subtop européen qu’il est réellement par la véritable institution qu’il rêve de devenir. Comme quoi l’Histoire dévore de temps à autres les projets superficiels.

Mais cette piqure de rappel n’apaise pas la rage d’un supporter neutre qui pensait s’amuser devant ce qui se fait de mieux en termes de frappe avec le pied dans un objet arrondi. Entre le suspens plié par Liverpool, Manchester City et le Bayern Munich, qui n’offraient à leurs adversaires (respectivement Porto, Bale et Besiktas) qu’un gout de city-trip aux rencontres retours, et les leçons d’anti-football de Chelsea et United, le fan de foot peut légitimement se sentir lésé.

Pas autant néanmoins que les supporters des Blues et des Red Devils. Voir leur équipe refuser le jeu face aux manieurs de ballon espagnols doit les faire pleurer. Ok, Chelsea affrontait Barcelone et n’avait, selon Antonio Conte, d’autre choix que de proposer un 9-0-2 à l’aller, laissant les pauvres Hazard et Willian courir dans le vent durant nonante minutes. Résultat : un 1-1 porteur d’espoir. Mais si le tacticien italien a résisté au Barca-Goal-Machine, il s’est surtout fait allumer par les fans, les médias, les joueurs… bref ceux qui aiment le football.

Alors, de toute façon obligé de marquer au Camp Nou, Conte a offert un peu d’oxygène à son onze de base au retour. Et sans faire un mauvais match, Chelsea s’en est pris trois dans les dents. Considéré comme un Classico de la LDC grâce aux affrontements du début du siècle entre le nouveau riche londonien et le Barca de Ronaldinho et au fameux « Fucking disgrace » de Drogba en 2009, le dernier Chelsea-Barcelone n’a finalement été qu’une formalité pour un Messi étonné par sa facilité à jouer avec les pieds des Blues.

United tout Mou

Manchester United, c’est une autre histoire. Une histoire qui empile trois Ligue des Champions, vingt titres de champion d’Angleterre et un statut de club le plus supporté à travers le monde. Un monstre qui doit jouer les premiers rôles dans toutes les compétitions en marchant sur des adversaires ébranlés par la peur de prendre une valise. Le Man United d’Alex Ferguson quoi. Celui qui préférait mettre 15 millions sur un gamin affamé de victoires et de titres plutôt que 100 briques sur un joueur devenu un produit marketing. Une équipe qui va vers l’avant et prend son adversaire à la gorge, au propre comme au figuré (coucou Roy Keane). Un maillot dont le rouge cache la couleur du sang perdu dans un duel. Aujourd’hui, on parle du United de Mourinho. Et on s’emmerde. Terriblement. Alors que les voisins de City s’amusent à balader chacun de leurs adversaires, quitte à se mettre en danger, les hommes de Mourinho passent un match sur deux coincés dans leur partie de terrain.

Les chiropracteurs de Manchester se réjouissent probablement de l’arrivée du Portugais à United, tant les milieux enchainent les torticolis à force de voir la balle voler au-dessus de leur tête. Jusqu’ici, Mourinho pouvait se défendre. Deuxième en championnat derrière l’intouchable City, il nourrissait l’espoir d’un dernier carré en Champions League. Mais l’élimination face à Séville va faire mal. Si c’est horrible à dire, United partage aujourd’hui plus avec le PSG qu’avec le Real ou le Barca, à savoir cette propension à investir dans des noms plutôt que dans un plan de jeu. Et même si on l’aime comme notre propre fils, voir Romelu Lukaku tenir seul une baraque en feu n’est pas normal.

On se consolera en admirant le panache des Spurs, glanant définitivement le titre d’équipe de loosers la plus magnifique du monde du sport. Il y a du Poulidor dans les résultats des protégés de Mauricio Pochettino, qui se demandent encore, dix jours après l’élimination face à la Juve, comment ils ont laissé filer les quarts.

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Carré VIP

On regrettera également le manque de surprise à l’issue de ces huitièmes. On espérait plus d’un Porto habitué aux grands rendez-vous mais impuissant face à la bourre de Liverpool. Besiktas, qui sortait d’une phase de groupe ultra-maitrisée, laissait aussi présager plus grande résistance face à un Bayern qu’on a déjà vu plus flamboyant. Et non, voir Séville terrasser ManU sur sa pelouse n’a plus rien d’une surprise tant Old Trafford ressemble aujourd’hui plus à un musée à trophées d’antan qu’à une place imprenable où l’on se déplace en claquant les genoux.

Enfin, terminons cette complainte de vieux con avec le cœur du problème. Jusqu’à preuve du contraire, dans Ligue des Champions, il y a champion. Alors voir l’Angleterre et l’Espagne placer respectivement cinq et trois représentants en huitième pose question. C’est encore pire certaines années où l’Allemagne et l’Italie viennent compléter les trous. Lorsque l’on sait que la somme récoltée après une qualification se compte en millions, la C1 devient la vache à lait des grands championnats européens et participe à creuser la tombe des clubs pour qui une rencontre face au Bayern ou au Real n’est plus qu’un match de gala, nos équipes belges en tête.

C’est parce que tant de clubs rêveraient d’un huitième de finale que le jeu proposé par certains soi-disant monstres du foot européen est inadmissible. Voir ainsi la glorieuse incertitude du sport sacrifiée sur l’autel du spectacle et du footbusiness donne envie de fracasser sa télé. Mais le foot est un virus incurable et même sur les nerfs, on continuera de regarder…

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