Füdo: du potager à l’assiette 

Et si, grâce au web, on enlevait tout intermédiaire entre l'agriculteur et le consommateur? C'est le pari fou lancé par deux étudiants bruxellois pour mettre fin au gaspillage.

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On le sait, notre société est championne en matière de gaspillage – un Belge jette 20 kilos de nourriture par an à la poubelle. Or, si notre pays veut atteindre les objectifs de réduction envisagés par le Parlement européen d’ici 2030, elle a intérêt à mettre les bouchées doubles. Et ça, certains l’ont bien compris.

Rémy Bouckaert et Geoffrey Storm, tous deux âgés de vingt-trois ans, ont lancé leur projet suite à deux constats. Le premier est que, selon leurs chiffres, plus de 63% d’exploitations agricoles auraient disparu en Belgique en 30 ans, avec pour cause principale les intermédiaires et marges, qui rendent impossible aux agriculteurs d’avoir un revenu suffisant pour vivre. Le deuxième concerne les Bruxellois, qui seraient environ 23% à posséder un potager ou jardin aromatique. Des chiffres importants qui les ont poussés à imaginer l’application Füdo – mot japonais reliant la nature à l’homme – dont l’objectif est de mettre fin au gaspillage. Le principe? Faire le lien direct entre l’agriculteur (ou potagiste) et le consommateur, en vue de vendre les surplus de nourriture. «Cela leur permet d’éviter les intermédiaires et ainsi de vendre leurs produits locaux à un prix raisonné», précise Rémy.

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Le jeune entrepreneur, qui se dit avoir toujours été attaché aux questions environnementales et sociales, avait travaillé quelques temps comme étudiant pour Coca-Cola. «Là-bas, je voyais les gros problèmes de la grande distribution. C’est fou tout ce qu’on jette! Je me suis dit qu’il fallait que ça stoppe », explique Rémy qui avoue avoir aussi été grandement inspiré par le film Demain, avec Cyril Dion. Originaire de Mouscron mais étudiant à Bruxelles, celui-ci vit en kot depuis plusieurs années. «Mes parents ont un potager et ils me demandaient toujours si je voulais emporter les restes pour la semaine. Mais je n’en avais pas forcément besoin. C’est là que je me suis dit qu’il y avait moyen de faire quelque chose avec, au lieu de tout mettre à la poubelle», dit l’étudiant.

Via son école de marketing, l’EPHEC, qui lui a permis d’obtenir le statut d’étudiant entrepreneur, Rémy a reçu l’aide d’un coach pour la mise en forme du projet. « J’avais présenté l’idée devant un jury, et cela leur avait beaucoup plu« , précise le jeune homme, qui fait de Füdo son stage et son TFE. 

Un e-bay du légume local

La première étape a été d’aller à la rencontre des agriculteurs. «Avec Geoffrey, on voulait voir s’ils seraient intéressés par un tel projet. La plupart nous ont affirmé que oui. C’est très positif» , dit Rémy. Courgettes, carottes, pommes de terre, etc. L’idée est que tous les surplus puissent être revendus. Mais attention, ce n’est pas un magasin, mais simplement une plate-forme. «C’est une sorte de e-bay du légume local comportant deux volets: les potagers particuliers et les fermes locales. On leur propose de poster une annonce, avec un prix qu’ils fixent par eux-mêmes, afin que les agriculteurs soient enfin rémunérés justement», explique-t-il.

Füdo s’occupe ensuite de la livraison. Celle-ci aura lieu plusieurs jours par semaine, et correspondra aux jours de collecte. «Ainsi, cela va directement du potager dans l’assiette», dit Rémy. Et pour rester dans une optique écologique et locale, c’est à vélo qu’ils délivreront les produits provenant des potagers bruxellois. «Cela fonctionnera en logique circulaire, c’est-à-dire qu’on ira ensuite reprendre les déchets organiques des agriculteurs pour les apporter au compost», explique Rémy, précisant que leur partenaire se différencie de Deliveroo, puisqu’il n’utilise que des salariés. Concernant les produits des fermes locales, la livraison ne pourra se faire en vélo puisqu’elle couvrira toute la région wallonne et bruxelloise.

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Financement participatif

Pour chaque achat, c’est donc le consommateur qui paiera la commission pour le site et les frais de port. «On ne cherche pas à devenir riche, mais on doit veiller au bon fonctionnement de la plate-forme», explique le jeune responsable marketing.

Jusqu’à aujourd’hui, Rémy et Geoffrey font tourner le projet avec leurs fonds propres. Mais pour pouvoir lancer officiellement Füdo d’ici l’été, ils ont besoin de soutiens supplémentaires. C’est pourquoi, le 5 février dernier, les deux amis ont lancé une campagne de financement participatif. «On s’est adressé à une jeune société 100% belge, pour être transparent et rester dans une logique locale», indique Rémy. L’objectif? Parvenir à récolter la somme de 15.000 €, dont 52 % sera utilisé pour le lancement du site, tandis que le reste paiera les frais du crowdfunding et les contreparties. «En fonction de la somme qu’on nous verse, on offre différents cadeaux en échange, comme par exemple un kit potager, un marque-page en érable ou encore un stage en permaculture. De A à Z, on tient à être soucieux de l’environnement», note Rémy.

Pour le moment, les deux amis ont récolté près de 8000 €, à dix jours de la fin de leur campagne. «Il ne reste plus beaucoup de temps, mais on est assez confiant. C’est généralement les derniers jours qui sont les plus fonctionnels», affirme Rémy. Pour eux, ce projet tombe à pic et devrait plaire aux jeunes agriculteurs. «Les anciens fonctionnent encore beaucoup avec le régime agro-alimentaire, mais chez les plus jeunes, on remarque qu’ils utilisent de nouvelles techniques agricoles et sont souvent très intéressés par le circuit court», explique l’entrepreneur. Il y aurait donc une cible naissante qui les attend. «On a créé ce projet évidemment par conviction, mais aussi parce qu’on a senti qu’il y avait un marché à développer. On est les premiers Européens à proposer cela.», conclut fièrement Rémy.

 

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