Pourquoi il faut absolument regarder la série Seven Seconds sur Netflix

La créatrice de la version américaine de "The Killing" va vous bouleverser avec sa nouvelle série, ancrée dans l'actualité américaine et le mouvement Black Lives Matter.

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Passée un brin inaperçue dans le grand tourbillon des sorties, la série « Seven Seconds » de Netflix est un petit bijou qui va vous chambouler tant l’esprit que le cœur. Et c’est assez rare pour le signaler. Créée par Veena Sud -à qui l’on doit déjà la haletante version américaine de « The Killing »- cette production sociopolitique s’attache à dépeindre avec précision toute la palette des sentiments que l’humain peut traverser quand un adolescent se retrouve entre la vie et la mort. Et c’est exactement ce qu’il se passe quand Brenton Butler, un jeune homme noir de 15 ans, se fait renverser par le gros SUV d’un policier blanc distrait par un appel téléphonique. Nommé Peter Jablonski, ce même flic décidera ensuite de fuir sous les conseils de son supérieur, de laisser l’ado baigner dans son sang et dans le froid, pensant qu’il est trop tard pour agir. L’action se passe à Jersey City, au cœur d’un parc relativement mal famé qui observe le côté pile de la Statue de la Liberté. Au lieu de la façade engageante de Lady Liberty, flamme à la main éclairant le chemin, ce point de vue offre son dos et son bras levé qui semble faire un doigt d’honneur à ceux qui ne sont pas nés du bon côté de la baie de New York.

L’inspecteure K.J. Harper sur les lieux du crime. Elle fait face au côté pile de la Statue de la Liberté

Le fossé dans lequel le corps du jeune homme gît, dont la neige maculée de sang fait ressortir l’horreur de l’accident, représente presque la tombe de Brenton Butler… Mais aussi le berceau des tensions entre les forces de l’ordre et la population afro-américaine. On le comprend dès les premières secondes de la série, « Seven Seconds » va diagnostiquer tous les maux qui rongent une société américaine à deux vitesses : fraude, racisme, flics ripoux, violence, trafic de drogue, vétérans de guerre paumés, homophobie et manque de moyens. Dix épisodes qui prennent aux tripes, portés par les performances phénoménales de justesse des acteurs principaux. La prestation de Regina King et de Russel Hornsby, qui incarnent les parents de Brenton Butler, est particulièrement bouleversante quand ils dépeignent l’épreuve abominable qu’est celle de perdre un enfant.

L’actrice Regina King, qui incarne la mère de Brenton Butler, est impressionnante de justesse

Mélangeant l’ambiance sombre de « The Killing », les racines d’« American Crime » et les mécanismes de « The Wire », cette pépite lâchée sur Netflix il y a quelques jours à peine est implacable grâce à la véracité de l’histoire qu’elle raconte. Dans « Seven Seconds » on ne croise que la vérité pure et dure, celle qui écrase des milliers de trajectoires sur le bitume des cités aux États-Unis. Un récit de vies sur fond de Black Lives Matter qui conte sans détours qu’on a une « chance » sur trois de finir en prison quand on est un jeune afro-américain, contre une chance sur dix-sept quand on est blanc. Les statistiques démontrent aussi qu’aux États-Unis, un noir a cinq fois plus de risques qu’un blanc de mourir sous les balles de la police. Ajoutons enfin que seuls 54 policiers ont été poursuivis pour homicide dans l’exercice de leur fonction ces dernières années pour des milliers de morts, selon une étude du Washington Post. Vous obtiendrez ainsi l’atmosphère très tendue dans laquelle cette série voit le jour. Et comprendrez aussi pourquoi l’enquête de la procureure KJ Harper, épaulée par l’inspecteur Fish, patine et se heurte à une meute de flics véreux extrêmement protecteurs quant à leurs acquis. Ici, il n’y a pas de justice. Juste une question à se poser : combien de temps faut-il pour déterminer la valeur d’une vie ?

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