L’accusé est-il coupable?

À l’heure du #metoo et de l’affaire Harvey Weinstein, la série britannique Monstre sacré filme avec justesse la chute d’une idole.

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Jamais une série n’aura été plus ancrée dans l’actualité. Paul Finchley (Robbie Coltrane), personnalité publique et trésor national en Grande-Bretagne, voit sa vie basculer lorsqu’il est accusé d’abus sexuels et de viol. Son quotidien et celui de sa famille en sont bouleversés, dans l’attente d’un verdict. La caméra de Jack Thorne (scénariste de Skins et This is England) s’intéresse alors non pas aux victimes, mais au présumé bourreau qui ne cesse de nier les faits. Monstre sacré a sans aucun doute été écrit en référence au scandale Jimmy Savile de 2012, qui avait créé une onde de choc en Grande-Bretagne. «They think I’m Jimmy fuckin’ Savile!», s’écrie Paul dans une scène. Animateur adoré du public et présentateur de l’émission culte Top of the Pops, Savile est alors accusé d’une centaine d’agressions sexuelles sur mineurs. Mais contrairement au héros de Monstre sacré, ces révélations ont éclaté quelques mois après sa mort.

La série pose en quatre épisodes une question cruciale: comment un symbole du divertissement chéri par des millions de fans peut-il se révéler être un monstre? La fiction dépasse alors le fait divers pour interroger la notion même de culpabilité, la présomption d’innocence étant rappelée à nombreuses reprises. On salue au passage la présence d’Andrea Riseborough (Birdman) dans le rôle de la fille junkie et perdue de Paul. Ce dernier se révèle plus complexe au fil des épisodes, inspirant respect, pitié et sympathie dès les premières minutes. On ne peut alors lui accorder que le bénéfice du doute en assistant à sa chute médiatique. Un pari risqué sur un sujet très sensible, mais franchement réussi.

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