Las Chicas Del Cable: les suffragettes de Madrid

La série Netflix Las Chicas Del Cable retrace l'évolution de la place des femmes dans l'Espagne des années vingt. Une société féministe et emplie d'espoir.

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Revenons à nos cours d’histoire. Avant la Première Guerre mondiale, les femmes en Europe sont toujours considérées comme intellectuellement inférieures. Elles ne peuvent pas prétendre aux mêmes droits que les hommes. Mais à la fin des années vingt, tandis que l’Espagne est toujours sous l’emprise de la dictature de Miguel Primo de Rivera (1923-1930), les féministes font entendre leurs voix. Leur condition commence à s’améliorer, et qu’elles soient riches ou pauvres, elles n’ont plus que le mot « libertad » à la bouche.

C’est dans ce contexte que la série Las Chicas Del Cable (Les demoiselles du téléphone en français) réalisée par Gera. R Neira et Ramón Campos (Velvet, Grand Hotel) débute. On est à Madrid en 1928, date à laquelle les suffragettes du Royaume-Uni obtiennent le droit de vote. La technologie évolue et la première compagnie nationale de téléphone ouvre ses portes. Elle recherche des centaines d’opératrices offrant aux femmes la possibilité d’avoir un travail. Alba, Marga, Carlota et Angeles sautent sur l’occasion et se font engager. Les quatre demoiselles qui rêvent d’être libres et indépendantes y voient un signe de progrès, de modernité et surtout, un moyen de s’émanciper.

Une fiction au goût du réel

Bien plus qu’une simple série girly et romantique, Las Chicas Del Cable aborde les questions essentielles et réalités parfois rudes qui règnent au sein de cette société en pleine mutation. On y évoque les violences faites aux femmes – rappelons qu’à l’époque, la loi est toujours du côté de l’homme devant la justice -, le droit de travailler, le droit de grêve, le droit à l’avortement, le droit à l’ascension sociale ou encore le droit de vote. Sans oublier la liberté sexuelle. La virginité avant le mariage est remise en question, tout comme l’homosexualité, la transexualité et l’amour envers deux personnes en même temps. 

Pour rappel, certains de ces combats ont été remportés dès 1931, date à laquelle les Cortès (parlement espagnol) a fait entrer le droit de vote des femmes dans la constitution, bien avant la France (1944) et la Belgique (1948). À cette période, les féministes sont parvenues à obtenir l’accès aux emplois sans distinction de sexe, le droit au mariage civil et au divorce. En 1936, le droit à l’avortement a également été admis, plaçant les Espagnoles parmi les plus avancées d’Europe, en matière de statut légal. Une belle victoire même si elle n’a été que de courte durée. La prise de pouvoir de Franco en 1938 a mis fin à la plupart de ces droits. Ce n’est qu’à sa mort en 1975 que la femme a enfin pu ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari ou de son père, et en 1978 que la constitution a reconnu l’égalité politique.

Encore du pain sur la planche

Aujourd’hui, la lutte des féministes en Espagne est loin d’être terminée. Le droit à l’avortement, disparu sous le régime de Franco, n’a été réadmis qu’en 2010 (et reste interdit aux mineures sans consentement parental). Le rapport de l’Observatoire des inégalités paru en janvier montre que les Espagnoles gagnent en moyenne 14,9% de moins que les hommes (la Belgique enregistre un écart de 6,5%). Le taux de chômage est plus élevé chez les femmes, et celles-ci continuent à être sous-représentées dans le domaine politique.

Dans Las Chicas Del Cable, ces thématiques sociétales sont habilement mêlées à des histoires de cœur et d’amitié. Le tout avec une intrigue criminelle en toile de fond, des musiques frissonnantes et une langue espagnole à laquelle on ne résiste pas. Netflix a annoncé le retour des « demoiselles du téléphone » en 2018. On les attend avec impatience.

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