La vidéo qui dérange: des enfants complètement addicts à leurs écrans

Les tablettes, les jeux vidéos, les smartphones et les ordinateurs chamboulent notre vie quotidienne. Mais à quel point sont-ils nocifs pour les plus petits  ?

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Prenez quatre familles tout à fait normales, ajoutez une tablette ou un smartphone dans les mains des enfants. Jusqu’ici, tout va bien. Ça se complique quand on essaye de les faire émerger et enfin lâcher leur écran. C’est l’expérience qu’a tenté une marque de sauce tomate dans le cadre d’une publicité valorisant l’importance du repas pris en famille. Et le résultat est glaçant. Complètement absorbés par les jeux auxquels ils jouent et les vidéos qu’ils regardent, les pré-adolescents ne remarquent absolument pas que les tableaux de leur salon ont été changés par d’autres. Pire, ils n’affichent aucune réaction quand leurs parents sont remplacés par des adultes qui portent les mêmes vêtements et quand leurs frères et sœurs sont échangés avec de parfaits inconnus.

Retour dans le monde réel

Le seul moment où ils daignent lever le nez de leur tablette, au moment de passer à table, c’est quand le réseau se coupe. Ils réalisent alors, bouches bées, qu’ils ne connaissent personne autour d’eux. Un retour brutal dans le monde réel. Le résultat peut sembler amusant, mais il démontre surtout l’addiction de certains enfants aux écrans. Sans céder à la peur panique face à un monde numérique de plus en plus présent, il est bon de comprendre quels sont les effets du virtuel sur le développement des touts petits. Relayée par l’association Yapaka, le programme de prévention de la maltraitance à l’initiative du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique, la règle du « 3-6-9-12 » popularisée par le psychiatre Serge Tisseron est une bonne manière d’établir des limites.

En bref, elle explique qu’il ne faut pas que l’enfant soit confronté à un écran avant 3 ans, qu’il n’ait pas accès à une console de jeu avant 6 ans, pas d’internet seul avant 9 ans et pas de réseau social avant 12 ans. Selon une enquête de L’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) en Belgique, chaque famille posséderait entre 6 et 8 écrans, il est donc très facile d’y avoir accès. Pourtant, selon de nombreux spécialistes, le cerveau des bébés ne peut pas se développer normalement quand il est confronté aux vidéos et aux jeux en ligne. Le problème, c’est que le tout-petit a d’abord besoin de mettre en place ses repères spatiaux, puis temporels. Les premiers se construisent à travers toutes les interactions avec l’environnement qui implique ses sens, et les seconds à travers les histoires qu’on lui raconte et les livres qu’il feuillette. De fait, on constate que de plus en plus de retards de langage et de développement apparaissent chez des enfants qui ne présentent aucune déficience neurologique, et ce à cause du temps passé devant la télé ou devant un smartphone.

Sans contact direct, on ne lit plus les codes sociaux

Pour éviter de déstabiliser sa progéniture, il est toujours plus efficace de réguler plutôt que d’interdire. C’est ce que conseillent les spécialistes face à la suprématie des consoles de jeux, des ordinateurs, des télévisions et des tablettes que l’on retrouve partout. Selon un récent rapport de Médiamétrie en France, la tablette est particulièrement privilégiée par les enfants : en 1 an, le nombre de 6-14 ans qui utilisent une tablette a progressé de 10 points pour atteindre 67% (contre 46% pour les 6 ans et +). C’est énorme. « Plus les enfants passent du temps devant les écrans, moins ils regardent directement les autres dans les yeux, et sans contact direct, on ne lit plus les codes sociaux. Donc ils n’apprennent plus à vivre en société » expliquait ainsi Noël Janis-Norton, auteure de nombreux livres, notamment le très célèbre « Calmer, Easier, Happier Screen Time ». Elle va jusqu’à comparer la tablette à une drogue dure, expliquant que l’addiction est aussi puissante qu’à la cocaïne. A quand une campagne de prévention ?

 

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