InnSaei, cette intuition à l’origine des grandes idées

En ne faisant confiance qu’à notre esprit rationnel, nous nous privons de notre intuition. C’est le message que transmettent les Islandaises Hrund Gunnsteinsdottir et Kristin Ólafsdóttir à travers leur documentaire diffusé sur Netflix.

InnSaei ©Prod

Hrund Gunnsteinsdottir a 29 ans. Son rêve vient de devenir réalité. Après avoir voyagé et décroché des diplômes, elle a obtenu un poste permanent aux Nations unies. Elle devrait être aux anges. Sauf que c’est loin d’être le cas. Elle « se sent comme un zombie, étrangère à sa propre vie ». Depuis plusieurs années, son travail lui demande tout son temps et toute son énergie, comme lorsqu’elle est partie s’installer deux ans plus tôt au Kosovo pour travailler sur les droits des femmes. Face aux traumatismes et au chagrin qu’elle a vus autour d’elle, elle n’a pu qu’étouffer ses émotions et se plonger encore plus dans son travail, un système qu’elle trouve trop administratif et déconnecté des gens. Elle finit par faire un burn-out et démissionne, “terrifiée de ce qui se passera ensuite”.

Quand on est sous pression, on a tendance à se focaliser sur l’esprit rationnel et à se fermer.

Hrund Gunnsteinsdottir se plonge dans le projet documentaire InnSaei avec son amie réalisatrice Kristin Ólafsdóttir, qui dirige depuis 25 ans la boîte de productions Klikk. Leur collaboration aboutit à un film diffusé actuellement sur Netflix. Celui-ci débute avec une question : « Vivons-nous avec nos têtes et non avec nos émotions ? Si oui, en quoi cela affecte-t-il nos vies ? » Elles se rendent à l’université d’Harvard et rencontrent le professeur Bill George. Pour lui, « nous sommes des êtres complexes. Nous sommes esprit, corps, âme. Et quand on est sous pression, on a tendance à se focaliser sur l’esprit rationnel et à se fermer. Si on ne peut voir à l’intérieur de nous-mêmes, on ne peut utiliser nos capacités et on ne laissera jamais notre intuition s’exprimer ».

Faire confiance à son inconscient

« L’intuition est souvent basée sur l’expérience de toute une vie et elle grandit avec le temps, poursuit Bill George. C’est le côté droit de notre cerveau qui nous permet de penser de manière créative. C’est de là que viennent les grandes décisions et les grandes idées. » Pour que l’intuition s’exprime, il faut être en mesure de se concentrer. On comprend aisément que ce processus ait du mal à se mettre en place lorsque l’on est bombardés en permanence d’informations et de distractions.

Iain McGilchrist, psychiatre et auteur du livre Le Maître et son émissaire, rappelle dans InnSaei que près de 99% de nos processus mentaux ne sont pas conscients du tout. Et ce sont eux qui nous aident à prévenir de choses que notre partie consciente, plus lente, pourrait ne pas avoir perçu. Comme lorsque l’on rencontre quelqu’un qui semble très amical, qui envoie des messages qui incitent à lui faire confiance. Mais on sent que quelque chose ne va pas. « La plupart de notre communication n’est pas du tout explicite. Notre intuition a conscience de ces choses et donc l’ignorer nous fait manquer beaucoup de choses importantes qu’on pourrait savoir. »

Ils ont pu faire ça parce qu’ils ont mis énormément de temps à apprendre à connaître l’océan.

Pour appuyer cette idée, Hrund Gunnsteinsdottir et Kristin Ólafsdóttir partagent le témoignage d’Enric Sala, écologiste marin qui a quitté son laboratoire pour aller explorer lui-même l’océan. L’exemple des navigateurs polynésiens qui, il y a des siècles, sont parvenus à cartographier presque tout le Pacifique, le fascine: « Ils n’avaient pas nos technologies. Ils ont pu faire ça parce qu’ils ont mis énormément de temps à apprendre à connaître l’océan. Ils connaissaient les vagues, les nuages, les courants, les vents, les étoiles. » Depuis qu’il passe du temps à étudier et observer cet écosystème, Enric Sala a développé son intuition, ce qui lui permet de comprendre ce qui ne va pas aujourd’hui et comment y remédier.

Le meilleur moyen pour faire à nouveau appel à notre intuition, c’est de se reconnecter à la nature. Pour Malidoma Somé, auteur de livres sur la spiritualité, « elle est le témoin silencieux de notre intuition ». La capacité à donner du sens à quelque chose que notre esprit rationnel ne perçoit pas.

Hrund Gunnsteinsdottir et Kristin Ólafsdóttir ont choisi d’appeler leur documentaire InnSaei, un mot qui signifie « intuition » en ancien islandais. InnSaei veut aussi dire « la mer de l’intérieur », ou « voir de l’intérieur vers l’extérieur ». Si on ne laisse que la partie consciente de son cerveau s’exprimer, on aura tendance à schématiser les choses et à les catégoriser, et donc à ne pas évoluer. Pour Hrund, « la mer de l’intérieur ne peut pas être mise dans des cases sinon elle ne bouge plus ».

InnSaei, réalisé par Hrund Gunnsteinsdottir et Kristin Ólafsdóttir. Diffusé sur Netflix.   

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