L’affaire Mennel : la liberté artistique, mise à mal?

Ça y est, la décision est tombée. On l'attendait de TF1, mais finalement, la jeune chanteuse a pris les devants. Mennel Ibtissem, candidate de The Voice, se retire de l'émission.

mennel

Après une semaine au centre de toutes les polémiques, nul doute qu’elle ait fait le bon choix. Samedi dernier, la jeune Franco-Syrienne aux yeux bleus azur et foulard sur la tête séduisait aussi bien les coach que le public avec une reprise anglo-arabe de Hallelujah, dans le cadre des auditions à l’aveugle. Émue, Zazie avait été jusqu’à déclarer «Elle a la beauté intérieure et la beauté extérieure. Des fées se sont penchées sur son berceau». Mais c’est avec Mika qu’elle avait finalement décidé de commencer l’aventure.

Il n’a pas fallu longtemps pour que l’admiration se transforme en aversion. Dès le lendemain, des anciens tweets de la chanteuse au moment des attentats de Nice en 2016 ont été révélés, créant la polémique sur la toile. Elle avait entre autres publié: «Les vrais terroristes, c’est notre gouvernement», mettant en cause la responsabilité de l’État français. On lui reproche aussi d’être fan de Tariq Ramadan et de l’organisation islamique Baraka City. Ce matin, pour épargner ses proches, elle a finalement annoncé se retirer de l’émission, tout en garantissant que ce n’était pas un «frein» à son développement artistique, mais plutôt la «condition» de son accomplissement. TF1, pour sa part, a répondu via un communiqué de presse: «Cette décision responsable, après des excuses publiques, témoigne de sa volonté d’apaisement. Nous lui souhaitons de poursuivre sa carrière d’artiste dans la sérénité».

Nous ne connaissons pas Mennel.

Nous ne savons pas qui elle est ni ce qu’elle pense. Cependant, nous nous inquiétons pour une chose qui nous tient à cœur, l’art. Auparavant, l’art bénéficiait d’une certaine protection. C’était un monde à part qui ne dépendait ni des opinions politiques ni de la twittosphère. Évidemment, la liberté d’expression a une limite. Et le monde artistique n’y échappe pas. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de l’information en direct, les condamnations médiatiques sont-elles toujours justes  et méritées? Est-ce notre rôle, a fortiori quand il s’agit d’un concours de talents,  de nous mettre dans la peau de justiciers?  

Quelques années plus tôt, si l’on cherche dans les archives de La Libre ou Le Soir, les journalistes ne manquaient pas d’éloges envers Tariq Ramadan. Nous-mêmes avons pu lire et apprécier certains de ses livres. Et beaucoup suivent la page Facebook de Baraka City sans en savoir plus, puisque cette organisation se décrit comme «association humanitaire islamique venant en aide aux populations les plus démunies partout dans le monde». Nous avons appris ce matin seulement, au bout de quelques clics, qu’elle a été la cible de plusieurs critiques en France.

Il ne s’agit pas de «défendre» cette candidate.

Ses propos lors des attentats de Nice ont interpellé, voir choqué. Mais la présomption d’innocence existe, tout comme le droit au pardon.  Mennel, au lendemain du scandale, a fait part de ses excuses au travers d’une vidéo et de plusieurs tweets. «Deux ans après, j’ai mûri et je mesure le manque de réflexion dans ces messages. Je comprends que ces messages choquent et je m’en excuse. Le soir des attentats de Nice, j’avais de la famille sur la Promenade des Anglais et j’étais choquée. Je ne comprenais pas pourquoi cet attentat n’avait pas pu être arrêté par les autorités», avait-elle publié.

Si la société de production de The Voice a trouvé ses justifications sincères, il était déjà trop tard pour les internautes, qui ont continué les hostilités sur la toile. Au point que la chaîne, influencée par le comportement de ses lecteurs, annonçait prendre quelques jours pour réfléchir quant à l’avenir de la jeune femme dans l’aventure. Ici réside le danger. On ne sait pas quelle aurait été la décision de TF1, puisque la chanteuse s’est retirée d’elle-même, mais si la chaîne avait décidé d’évincer la candidate suite aux réactions des internautes, n’est-ce pas là le début de la fin, en matière de liberté artistique?

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