Ce soir je peux pas, j’ai Netflix

Dark, The End Of The F***ing World, Altered Carbon... La plateforme de streaming impose ses propres séries. Une stratégie visionnaire pour celle qui a décrété la fin de la télé.

Alfred Carbon - Netflix ©Prod

« Tu fais quoi ce soir ? ” Aujourd’hui, vous répondez: Netflix. Et demain, sans doute: “Je netflixe”, de la même façon que “googler” est devenu un verbe. Vous ne serez pas le seul. Le géant incontesté de la vidéo à la demande a convaincu 8,33 millions de nouveaux abonnés durant les trois derniers mois de l’année 2017, faisant de celle-ci sa meilleure année en termes de recrutement de nouveaux clients. Désormais, Netflix rassemble 117,6 millions d’abonnés dans le monde. Mais le bébé de Reed Hastings n’est pas seul sur le marché de la VOD. Pour se démarquer de la concurrence féroce (Amazon, Hulu…), Netflix mise sur la création de contenu propre. La firme compte ainsi dépenser cette année environ 8 milliards de dollars dans l’achat ou la production de séries et de films. Aujourd’hui, un quart de ses dépenses en contenu couvre des productions originales.

Notre avenir réside dans la production de contenu original.

Pour son CEO, “la tendance à long terme est claire: notre avenir réside dans la production de contenu original”. Et la création lui va bien. Orange Is The New Black, The Crown, Stranger Things, The End Of The F***ing World, depuis House Of Cards (sa première série originale), Netflix a créé de nombreux shows à succès et chaque annonce d’un nouveau-né émeut les sériephiles de la planète. 

Dernière nouvelle venue en date, Altered Carbon a déjà attiré tous les regards avant même sa diffusion. Ce thriller adapté du roman de Richard K. Morgan (Carbone) nous embarque plus de 300 ans dans le futur, au cœur d’une société transformée par les nouvelles technologies. La conscience de chacun peut être numérisée et téléchargée dans n’importe quel corps, rendant la mort temporaire. Pour promouvoir cette nouvelle création, Netflix s’est même rendu au CES 2018 (un salon dédié aux loisirs technologiques et au numérique) sous la forme d’une start-up: Psychasec. Au milieu du stand: des cuves de conservation avec des corps de rechange. Les représentants de la (fausse) firme y présentaient leur concept: l’immortalité. Gros buzz et énorme coup de promotion, Netflix sait y faire. 

Le futur imprégné de technologie d’Altered Carbon n’est pas étranger au leader de la VOD. Black Mirror, dont la saison 4 a dernièrement fait sensation, se base lui aussi sur la manière dont les technologies vont finir par changer notre rapport au monde et à l’humain. Également très attendu, Osmosis, deuxième série originelle française de Netflix après Marseille, a de grands airs de Black Mirror: adaptation d’une websérie diffusée en 2015 sur Arte Creative et série S.F. d’anticipation, il aborde les enjeux technologiques des prochaines années.

Toujours plus trash

Avec son immense panel de séries, Netflix peut se permettre d’explorer différents genres. Après la science-fiction, la firme californienne s’illustre aussi dans l’humour décomplexé (Atypical, Løve, Bojack Horseman). Sa dernière perle, The End Of The F***ing World met en scène deux adolescents paumés dans un road-trip de l’enfer. Inspirée d’un roman graphique de Charles Forman, cette délicieuse série british a convaincu le public grâce à son humour noir, sa photographie sublime et sa modernité, le tout emmené par une bande-son vintage réjouissante. Avec cette série décalée, Netflix prouve une fois de plus que sortir du cadre ne lui fait pas peur. La plate-forme de VOD n’hésite pas non plus à parler de sujets qui fâchent. C’est par exemple le cas de Seven Seconds, à partir du 23 février prochain. Tristement ancrée dans l’actualité, la série se base sur le meurtre d’un jeune Noir par un policier blanc.

La fièvre créatrice acharnée de Netflix a permis sa formidable expansion, mais celle-ci a un coût: 6,5 milliards de dettes… Mais pour le CEO Reed Hastings, il s’agit avant tout d’une stratégie bien réfléchie. L’homme prédit la fin de la télévision linéaire d’ici 2030. Et lorsque toutes les chaînes deviendront des applications (comme le présagent certains experts), l’aspect spécifique de Netflix risque de se diluer. Pour continuer à faire la différence, les contenus seront donc déterminants.

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