Marc Ysaye : « Si on a placé les Classiques le dimanche matin, ce n’est pas un hasard »

Marc Ysaye rendra bientôt la bonnette de son micro mais il profite encore un peu de son émission phare, Les Classiques du dimanche matin, qui dépoussière l’histoire du rock depuis trente ans.

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Marc Ysaye sait fêter son anniversaire. Ce 4 février il prolonge son émission entouré de ses amis au Théâtre Le Manège à Mons. Si vous êtes un auditeur assidu de Classic 21, vous le savez forcément, Marc Ysaye célèbre cette année les trente ans de ses Classiques du dimanche matin. Trente ans qu’il accompagne le réveil dominical parfois douloureux des amateurs de guitares qui suintent et de batteries qui claquent.

A force, y a-t-il un morceau que vous ne supportez plus ?

Certains ont mal vieilli mais honnêtement toutes les chansons qui passent dans l’émission possèdent un côté intemporel. C’est un peu le principe des Classiques d’ailleurs. Et puis, même si j’en avais marre de telle ou telle chanson, je ne pourrais pas en priver les auditeurs.

Et quelle est la chanson que vous feriez écouter à quelqu’un pour qu’il aime le rock ?

Ça dépend la définition que l’on accole au rock. Je dirais que l’archétype, c’est Stairway to Heaven de Led Zeppelin. Je citerais aussi We don’t get fooled again ou My Generation des Who. Il y a un esprit, une attitude dans leur musique. C’est l’essence du rock. Ces titres sont devenus des classiques grâce à leur texte encore plus que grâce à leur musique.

Ce n’est plus le cas ?

Disons que les choses ont changé. Certains morceaux de Muse ou de Coldplay seront peut-être encore diffusés dans quarante ou cinquante ans. Il y a une filiation directe ente Muse et Queen et Coldplay est une machine à tube, à l’instar des Beatles à l’époque. Il est évident que des choses formidables sortent aujourd’hui et en trente ans je n’ai jamais dit « c’était mieux avant », je ne veux pas être un passéiste. Mais il faut reconnaitre que la créativité des années 50, 60 et 70 était incroyable.

D’autres types de musique ont aussi eu leur heure de gloire.

Oui et à chaque fois, on a dit que le rock était mort et il est toujours revenu. Plus personne n’y croyait à la fin des années 80, puis Nirvana et Pearl Jam sont apparus. On assiste actuellement à l’émergence du hip-hop. Bon, ce n’est pas ma musique mais il faudrait être bête pour nier qu’il existe. Ma génération a eu Woodstock, les jeunes ont Tomorrowland. Les valeurs ont un peu changé mais c’est toujours formidable de voir les gens se rassembler autour de la musique.

Le rock est-il parvenu à se nourrir de ces différents courants ?

Quand j’étais jeune, j’adorais Genesis et Yes. Des groupes phares pour toute une génération qui ont pourtant été détruit par la révolution punk. Pour y survivre, les Stones, Queen ou Kiss sont passés par le disco. Donc oui, les groupes qui durent ont pu s’adapter. Aujourd’hui le rock est pétri d’électro, et ça marche ! J’aime beaucoup Shaka Ponk par exemple.

Qu’est-ce qui différencie le Marc Ysaye de 1988 et celui de 2018 ?

Humainement, j’ai beaucoup appris en tant que manager de Classic 21. J’ai évolué et je suis très fier de ce que la chaine est devenue. Musicalement par contre, je pense défendre les mêmes valeurs que celles que je défendais quand j’ai commencé. Selon moi, c’est un des secrets du succès de l’émission, je suis resté fidèle à celui que j’étais au départ. Je n’ai par exemple jamais démoli un artiste. Si je n’aimais pas, je n’en parlais pas.

Votre premier public a vieilli avec vous, mais pour tenir trente ans, il faut aussi le renouveler.

Le public d’origine, de ma génération, ressentait peut-être le même manque que moi. Il y avait certains groupes que l’on n’entendait plus trop, comme Pink Floyd. Alors quand on m’a donné un moyen de m’exprimer, je ne me suis pas privé. Et si on a placé l’émission le dimanche matin, ce n’est pas un hasard. En fait, à l’époque j’avais des enfants en bas âge et le dimanche matin, j’étais debout… Je me suis dit que je ne devais pas être le seul. Ce public m’a suivi mais s’il est clair que l’on s’adresse aux amateurs de rock qui ont vécu les débuts, on reçoit régulièrement des échos de jeunes qui écoutent et qui apprécient.

L’an dernier, on vous a vu vous éclater avec vos potes sur la scène du Folestival, un petit festival au cœur du Brabant wallon. Aujourd’hui, vous êtes plutôt Werchter ou Folestival ?

J’avais accepté de jouer au Folestival parce que l’organisateur est un ami. Ce type est fou, il organise tout un festival dans son jardin. C’est extraordinaire ! Disons qu’à mon âge, je préfère ce genre d’évènements. C’est plus simple, plus convivial. J’ai beaucoup été à Werchter quand j‘étais plus jeune. J’y ai vécu des émotions formidables mais grâce à mon boulot, j’ai eu la chance incroyable de rencontrer presque tous mes héros d’adolescence donc je ne ressens plus le besoin de courir comme avant.

Vous quitterez la direction Classic 21 en janvier 2019. Y a-t-il une chose que vous voudriez modifier ?

La chaine se porte très bien. Mais c’est justement quand tout va bien qu’il faut se préparer à changer, parce que les autres aussi deviennent meilleurs. Je pense donc qu’il faut veiller à anticiper et à amener un peu de sang neuf. Je fais confiance à la RTBF.

La coupure risque d’être brutale pour les auditeurs… On vous a même proposé de poursuivre la présentation des Classiques au-delà de janvier 2019.

C’est vrai, et je n’ai pas encore répondu. Ce qui est sûr, c’est qu’en trente ans, l’émission ne m’a jamais pesé, je n’y ai jamais été avec les pieds de plomb. J’ai toujours eu envie « d’aller au combat ».

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