Le film du jour: Paris, pieds nus

Drôle de mise en Seine

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C’est un appel désespéré de sa tantine Martha (délicate Emmanuelle Riva dans son dernier rôle) craignant d’être remisée dans un home pour vieux qui pousse Fiona à quitter son Grand Nord pour Paris. Mais la tante, qui n’a plus toute sa tête, erre on ne sait trop où dans la Ville lumière, sans doute à la recherche de ses souvenirs. Avec son corps filiforme et ses manières un peu brusques et empotées façon Olive de Popeye qui se serait teinte en rousse, Fiona débarque donc sac à dos en bord de Seine où elle fait la connaissance d’un SDF céleste plutôt collant. Mais qui ne laisse pas la grande tige totalement indifférente: dès la rencontre, le coup de foudre est évident, même si un peu plus loin, il tombe à l’eau au propre comme au figuré, avec une Fiona plongée en Seine.

Invitation permanente à la poésie, ce film maladroit comme ses personnages, et qui fait le grand écart entre le rire et la gravité (pauvreté, vieillesse, maladie se bousculent dans le cadre avec ce rire qui reste la politesse des clowns), accumule les gags visuels hérités des grands cousins comme Tati, Charlot ou encore Keaton. Abel et Gordon soignent leurs plans au millimètre où s’installe le burlesque subtil. Depuis L’iceberg, la petite musique du duo belgo-canadien n’a pas changé et ils sont passés maîtres dans l’art de “l’accident” faisant tout le sel de l’humour slapstick.

Mais cette fois, ils vont plus loin. Après un festival de maladresses jubilatoires, leurs corps ne se cognent plus l’un contre l’autre ou contre les parois dures du réel. Ils osent l’harmonie. Le temps d’un plan dans un écran partagé, ils font enfin vraiment “un”. Ça doit être ça qu’on appelle l’amour.

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