La zone grise du sexe

Elles ont cédé. Ou capitulé. Des femmes racontent leurs histoires, des années 1960 à aujourd’hui. Pour la première fois, un film aborde cette zone " grise " de la sexualité sans consentement.

labonne

Il lui a dit « maintenant que tu m’as allumé, faut assumer ». Elle rapporte qu’elle était comme paralysée. « Je disais non, doucement. Mais il était grand, costaud. J’ai eu peur. J’ai pas compris qu’il n’arrête pas. C’est un moment où tu te dis qu’il vaut mieux y passer que de s’opposer ». Des femmes témoignent. Ce rapport sexuel, elles n’en voulaient pas. Mais elles n’ont pas crié. Elles ne se sont pas débattues. Des hommes commentent, s’interrogent, disent leur vérité.

Le consentement se lit-il dans les yeux?

Il dit que tout demander explicitement, ce n’est pas drôle. « Il faut un peu de poésie, un peu de théâtre, un peu de jeu ». Elle dit qu’elle a fait « juste l’étoile de mer. J’évitais qu’il m’embrasse. Je croyais qu’il pouvait comprendre s’il avait un poil de jugeotte que je n’avais pas envie ». Ils disent que le consentement « ça vient tout seul » ou « ça se lit dans les yeux » ou encore « elle accepté de rentrer à la maison, donc c’était bon ». Elle dit qu’elle a « voulu faire plaisir. Mais ça ne me plaisait pas. J’ai eu très mal. Ca a duré genre trois minutes ». On est loin du viol tel qu’on l’imagine. C’est une zone grise d’un désir qui n’est pas partagé, une forme d’abus masculin indéfinissable.

Elle a dit non, mais elle voulait

Le documentaire est ponctué de chiffres qui laissent pantois, interrogatifs, rêveurs. 22% des hommes et 17% des femmes considèrent que lorsqu’une femme dit non, elle veut dire oui. 25% considèrent que « dans le domaine sexuel », les femmes ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent par rapport aux hommes. 21% des françaises estiment que lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées.

Malaise, doutes et questions

Le film de Blandine Grosjean et de Delphine Dhilly croise les regards et les témoignages. On en ressort avec du malaise, des doutes et des questions. La question du consentement sexuel reste suspendue, tendue comme un fil électrique entre les hommes et les femmes. Il y a beaucoup de tendresse et très peu de jugement dans « Pourquoi elles n’ont pas su dire non ? »

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