Benjamin Maréchal, trop is te veel

Prenant l’antenne de C’est vous qui le dites, ce matin, Benjamin Maréchal annonce son départ. "J’ai décidé d’arrêter". Il avoue s’attendre aux petites phrases et aux supputations. Il annonce travailler sur d’autres projets. Le fait est que, oui, ce vendredi, la coupe a débordé. Bon courage à Cyril Detaye, son remplaçant, pour mieux choisir ses sujets de débats. 

Benjamin Maréchal dans C'est vous qui le dites © Belga Image

Benjamin Maréchal a besoin de respirer et a demandé, en juin, puis en janvier, à la direction de Vivacité de lever le pied de sa quotidienne. Sur le plateau, Eric Gilson, directeur de Vivacité confirme. Mais… rappelle aussi les excuses de la RTBF suite au débat de ce vendredi. Le sujet était « On peut jouir lors d’un viol, je vous signale, Brigitte Lahaie l’a dit, que lui rétorquez-vous? ». Après les excuses officielles, Eric Gilson insiste : « Le sujet a heurté la sensibilité de beaucoup de personnes et choqué certaines ».

Autopsie d’un suicide en live

Oui, ce débat de vendredi était odieux et indigne du service public. Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’Enseignement supérieur des Médias et Isabelle Simonis, ministre des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, ont tous deux interpellé l’administrateur général de la RTBF et souligné combien ce débat était choquant sur le service public. 12 plaintes ont été déposées au CSA. Oui, ici, la responsabilité de l’animateur est clairement engagée… Ce ne sont pas les auditeurs qui dérapent en direct. Ce n’est pas le débat qui n’est pas cadré. C’est lui. C’est le représentant du service public, des valeurs du service public, qui associe le viol et le plaisir. C’est lui qui assume et oriente la problématique. Son influence se manifeste au fil de ces interminables minutes…

  • Benjamin Maréchal présente les protagonistes de BFMTV : « une certaine Caroline De Haas, féministe » et Brigitte Lahaie. Le déterminant indéfini « certaine » n’est certainement pas neutre. Tout comme l’omission de la carrière de l’ancienne star du X.
  • Tout au long de l’émission, le matraquage de la question donne le tournis. Et la maïeutique de Benjamin Maréchal est claire : comme souvent, l’auditeur qui a la parole n’est pas libre, il est réorienté… La course au buzz est lancée.
  • Même lorsque des intervenantes racontent l’expérience du viol qu’elles ont vécue, l’animateur reste campé sur son sujet : le plaisir. « Peut-on jouir pendant un viol ? », « Le viol est-il toujours un drame ? ». Et les internautes et intervenants de gloser sur les mystères de la jouissance féminine… Il faudra que Caroline De Haas, appelée finalement par l’émission, rappelle les fondamentaux : « Que vous ayez été traumatisée ou pas, ce n’est pas le sujet, c’est un crime, c’est puni par la Loi ». Benjamin, on s’en fout que les femmes aient joui ou pas.
  • Et c’est ce qui choque le plus, ce sont ces très longues minutes d’antenne qui passent avant que l’animateur, représentant du service public et caution morale, rappelle cette notion pourtant évidente : « le viol est un crime ». Et « La RTBF ne cautionne pas les propos de Brigitte Lahaie ». Trop tard, Benjamin, trop tard…

Libre antenne, mais pas n’importe comment

Déjà en décembre, C’est vous qui le dites avait fait bondir. Une pétition avait même été remise à la RTBF. En cause, encore un « débat » : « Pensez-vous que les conducteurs devraient décélérer face à des piétons ou pas forcément ? » qui revenait sur la mort d’un enfant. Même en interne, des voix s’étaient levées et Bertrand Henne avait déclaré: « Ce type est une insulte au service public ». Le journaliste avait d’ailleurs été convoqué par la direction. À l’époque, on avait contacté la RTBF, qui n’avait pas souhaité réagir. On avait aussi interrogé Patrick Weber, animateur d’On refait le monde, sur Bel RTL, sur sa propre gestion des questions qui fâchent. « Je mets beaucoup, beaucoup de temps pour formuler mes questions posées aux auditeurs. Il faut qu’elle soit intelligible, mais qu’elle ne prête pas aux dérapages. Il faut intéresser les gens sans sombrer dans la facilité. Il arrive que mon assistante, la rédac chef la modifient. C’est beaucoup plus facile de faire du populisme que du populaire. Si je veux faire du buzz c’est facile, il suffit d’une question provoc. Ce n’est pas l’idée ».

Tentatives d’apaisement

Dans cette affaire, le service public reste modéré. Dans un premier communiqué, la direction ne met en cause que le sujet du débat et dédouane totalement son animateur. « La RTBF regrette que l’énoncé du sujet ait heurté la sensibilité de nombreuses personnes, créé des amalgames et une ambiguïté sur la portée éditoriale de l’émission et par là-même sur la position sans équivoque du service public. La RTBF tient à leur présenter ses excuses, rappelant que le viol est un crime puni par la loi, un acte de violence intolérable et un véritable drame, comme l’ont rappelé l’animateur et les différents intervenants à maintes reprises en cours d’émission ». Dans un deuxième communiqué, publié ce matin après la sortie de Maréchal sur antenne, le service de communication explique sobrement : « Pour lui laisser le temps de travailler sereinement à cette évolution ainsi qu’à différents projets d’actions d’antenne événementielles, Benjamin Maréchal a souhaité s’éloigner temporairement de l’antenne et être ainsi libéré des contraintes qu’impose une double émission matinale ». Une double tentative d’apaisement qui ressemble surtout à un soutien irréductible – et pour le moins discutable – apporté à Benjamin Maréchal. Quand on se félicite du ton, parfois brutal, d’un animateur qui fait de la radio (et de la télé) autrement, on peut aussi reconnaître qu’il a dépassé les bornes…

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